« Plus de promesses, des décrets ! » Le président du Réseau des organisations communautaires de base des acteurs de santé du Sénégal (ROCBACS), El Hadji Baytir Samba, a lancé un plaidoyer pour la reconnaissance juridique et institutionnelle des acteurs communautaires de santé. Dans une déclaration rendue publique mardi 27 octobre 2026 à Dakar, il appelle les autorités à traduire les engagements en décisions concrètes, assorties d’échéances et de moyens durables.
Pour le président du ROCBACS, ces acteurs jouent un rôle « essentiel » dans le fonctionnement du système de santé. Présents dans les quartiers, les villages et les communautés, ils participent à la prévention, à la sensibilisation, à l’orientation des familles, à la surveillance communautaire et à la lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles.
« Ils sont souvent parmi les premiers à se mobiliser, à rassurer les populations et à rapprocher les services de santé des personnes les plus vulnérables », souligne-t-il, rappelant leur contribution lors des urgences sanitaires.
Toutefois, cette mobilisation contraste avec la faiblesse des garanties qui encadrent leur engagement. « Comment pouvons-nous demander à des milliers d’hommes et de femmes de protéger durablement la santé de nos populations sans leur garantir un cadre juridique et institutionnel clair, une protection sociale adaptée et une reconnaissance à la hauteur de leurs responsabilités ? », s’interroge El Hadji Baytir Samba.
Six priorités pour une reconnaissance effective
Face à cette situation, le président du ROCBACS plaide pour un cadre national cohérent, permettant de définir les catégories d’acteurs communautaires, leurs missions, leurs droits, leurs obligations et leurs conditions d’exercice. Il insiste sur la nécessité de prendre en compte la diversité des profils, notamment les bénévoles, les relais communautaires, les matrones et les agents de santé communautaire.
Son plaidoyer s’articule autour de six priorités que sont la reconnaissance juridique, la clarification de leur place dans le système national de santé, la protection sociale et la sécurité, une rémunération ou une indemnisation adaptée, la formation continue et la professionnalisation, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route nationale.
Cette dernière devrait, selon lui, préciser les responsabilités des parties prenantes, les échéances, les ressources nécessaires et les mécanismes de suivi-évaluation. Il appelle également à un financement pérenne, afin que la reconnaissance des acteurs ne dépende plus uniquement des projets ou des partenaires.
Un appel aux plus hautes autorités de l’État
Dans cette optique, El Hadji Baytir Samba interpelle le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre, Al Aminou Lô, les ministères concernés, les parlementaires et les autres institutions compétentes. Il leur demande de faire de cette réforme « une priorité nationale et d’ouvrir un dialogue formel avec les organisations représentatives ».
En outre, il invite les partenaires techniques et financiers à soutenir cette dynamique dans une perspective de souveraineté sanitaire et de renforcement des capacités nationales. « Nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons un cadre juste, clair et adapté à la contribution de celles et ceux qui participent au quotidien à la protection de la santé publique », précise-t-il.
Le président du ROCBACS appelle aussi la société civile, les syndicats, les collectivités territoriales, les universitaires, les médias, les femmes, les jeunes et la diaspora à soutenir une mobilisation citoyenne pacifique et constructive.
Pour El Hadji Baytir Samba, la reconnaissance des acteurs communautaires dépasse une simple revendication catégorielle. Elle constitue « un enjeu de dignité, de justice sociale, de continuité des services et de souveraineté sanitaire ». D’où son mot d’ordre : « passer des déclarations d’intention à des engagements vérifiables, des concertations aux décisions, et des promesses à la mise en œuvre effective d’une réforme ».
Bilkissa CONDÉ
