Face à des épidémies de plus en plus imprévisibles, le Sénégal veut muscler son dispositif de prévention et de riposte. Lancé mercredi 9 septembre à Dakar, le projet financé par le Pandemic Fund mobilisera 24,6 millions de dollars sur trois ans, avec une ambition : faire de l’approche « One Health » un véritable bouclier contre les menaces sanitaires.
La prochaine crise sanitaire ne préviendra pas. Le Sénégal entend donc se préparer avant qu’elle ne survienne. C’est le sens du projet de renforcement des capacités de prévention, de préparation, de détection et de riposte aux épidémies, officiellement lancé mercredi à Dakar par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy.
Doté de 24,6 millions de dollars sur la période 2026-2029, le programme veut rapprocher trois univers trop souvent traités de façon séparée : la santé humaine, la santé animale et l’environnement. « L’approche One Health n’est pas un slogan, c’est une nécessité stratégique, scientifique et opérationnelle », a insisté le ministre.
Des laboratoires au cœur du dispositif
Pour le Sénégal, l’enjeu est d’abord de détecter plus tôt pour agir plus vite. Le projet prévoit notamment de renforcer la surveillance épidémiologique, les capacités de laboratoire, les ressources humaines et les mécanismes d’alerte, notamment aux frontières et au niveau communautaire.
Dr Ibrahima Sy a particulièrement insisté sur le renforcement durable du système national de laboratoires. « Sans un bon système de laboratoire, il sera impossible de pouvoir assurer une bonne détection de ces agents pathogènes liés à des épidémies émergentes », a-t-il averti. Le ministre voit dans la convergence des financements du Pandemic Fund, de la Banque mondiale et d’une convention avec l’USAID une occasion de consolider le plus longtemps possible cet appareil.
Autre priorité : la technologie. Le Sénégal veut expérimenter davantage l’intelligence artificielle dans la surveillance à base communautaire et développer des outils de modélisation capables de croiser données climatiques et environnementales afin d’anticiper l’apparition de certaines maladies. Le ministre a cité le projet DECLIC, conduit notamment avec le professeur Sylvain Faye, comme une expérience à capitaliser.
Une réponse qui dépasse le seul ministère de la Santé
La force du projet réside précisément dans son caractère multisectoriel. Sous la coordination du ministère de la Santé, il associera notamment les départements chargés de l’Élevage, de l’Agriculture, de l’Environnement, de l’Hydraulique, de l’Assainissement, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Éducation. Les collectivités, les chercheurs, la société civile, les médias et les communautés sont également appelés à participer.
L’UNICEF, la FAO et la Banque mondiale sont partenaires d’exécution, tandis que l’OMS assure le rôle de chef de file pour la santé humaine. Pour l’OMS, représentée par Dr N’Da Konan Michel Yao, les trois piliers sont clairs : surveillance et alerte précoce, renforcement des laboratoires et développement des ressources humaines.
La FAO entend, de son côté, renforcer la surveillance animale et de la faune sauvage. Le programme prévoit notamment du matériel de capture, de biosécurité et de prélèvement, l’équipement de stations biologiques, des moyens logistiques vétérinaires, ainsi que 20 véhicules 4×4, 14 quads, deux vedettes et plus d’une centaine de motos. Chaque année, 25 agents de terrain seront formés au programme ISAVET et 35 autres aux bonnes pratiques de gestion des urgences sanitaires animales.
L’UNICEF mettra l’accent sur la surveillance communautaire, la communication sur les risques et le développement du capital humain, avec des formations, des bourses et des exercices de simulation. Le projet doit être déployé dans les 14 régions du Sénégal.
Préparer aujourd’hui le Sénégal de 2029
L’objectif dépasse la réponse à une crise ponctuelle. Il s’agit de rendre le système sanitaire plus résilient et de satisfaire de manière progressive aux exigences du Règlement sanitaire international. La FAO vise, d’ici 2029, le niveau 4 de capacité démontrée dans les domaines de la surveillance et de l’alerte précoce, des laboratoires et des ressources humaines.
Pour l’OMS, la réussite se mesurera moins aux financements consommés qu’aux résultats : réduction des délais de détection et de confirmation, activation plus rapide des capacités de riposte et maintien des compétences acquises.
Le ministre Ibrahima Sy a lui-même fixé la ligne rouge : « Chaque dollar, chaque franc qui a été investi correspond à un produit et correspond à un impact ». Il a demandé au comité de pilotage un suivi rigoureux, avec des rapports semestriels sur les progrès, les obstacles et les correctifs.
Derrière les équipements, les laboratoires et les formations se joue une question plus vaste à savoir celle de la capacité du Sénégal à ne plus subir les prochaines épidémies. « Face aux virus, il n’y a pas de frontières », a rappelé le ministre.
Tafsir KANE
