La lutte contre la malnutrition ne relève pas du seul secteur de la santé. La reprécision a été faite mercredi par les responsables du Conseil national de développement de la nutrition (CNDN), Idrissa Kane et Adama Nguirane, lors d’une journée d’orientation de la Plateforme des journalistes en santé, population et développement, consacrée au Plan stratégique multisectoriel de la nutrition (PSMN) 2024-2028.
Une bataille qui mobilise vingt secteurs
Présentant les fondements de la politique nutritionnelle nationale, Idrissa Kane a insisté sur le caractère multisectoriel de la nutrition. Selon lui, une nutrition optimale repose sur quatre piliers essentiels : la disponibilité des aliments nutritifs, l’éducation et l’assainissement, ainsi que l’accès aux services essentiels de santé et de nutrition. « La nutrition n’est pas l’affaire d’un seul secteur », a-t-il rappelé, soulignant que le PSMN 2024-2028 regroupe les plans d’action de vingt secteurs ministériels.
Pour illustrer l’importance des facteurs non sanitaires, il a cité l’éducation des mères. « Les chiffres montrent que le taux de retard de croissance passe de 6 % à 19 % entre les enfants de mères instruites et ceux de mères n’ayant jamais fréquenté l’école », a-t-il expliqué.
Lever les tabous autour de l’alimentation
Au-delà de la disponibilité des aliments, Idrissa Kane a attiré l’attention sur leur utilisation effective par les populations. Il a comparé cette dimension à « l’étanchéité d’un bâtiment ». « On peut avoir des aliments disponibles et accessibles, mais ne pas les consommer à cause de certaines croyances ou de tabous », a-t-il indiqué. Il a notamment évoqué les restrictions alimentaires imposées à certaines femmes enceintes ou à des enfants, malgré les besoins nutritionnels importants de ces groupes vulnérables.
Des aliments riches en protéines comme la viande ou les œufs restent parfois écartés pour des considérations socioculturelles. Pour lui, les médias ont un rôle déterminant à jouer dans le changement des comportements et la promotion des bonnes pratiques nutritionnelles.
Huit objectifs poursuivis via six axes stratégiques d’intervention pour améliorer la situation nutritionnelle
Le Plan stratégique multisectoriel de la nutrition s’articule autour de huit objectifs majeurs. Parmi eux figurent la réduction du retard de croissance à moins de 10 %, la diminution de 30 % des faibles poids de naissance, la baisse de la malnutrition aiguë à moins de 5 % et le relèvement du taux d’allaitement maternel exclusif à au moins 70 %.
Le plan vise également la réduction de l’anémie chez les groupes vulnérables, la lutte contre les carences en micronutriments, la diminution du surpoids et de l’obésité ainsi que la prévention des maladies non transmissibles liées à l’alimentation.
Pour atteindre ces objectifs, le PSMN repose sur six axes stratégiques : la prévention et la prise en charge de la malnutrition chronique et aiguë, la lutte contre le surpoids et les maladies non transmissibles, la réduction des carences en micronutriments, le renforcement de la disponibilité d’aliments diversifiés et nutritifs, la promotion de la recherche et de l’innovation, ainsi que la gouvernance de la nutrition.
Concernant les micronutriments, Idrissa Kane a rappelé l’existence de mesures de fortification des aliments, notamment l’enrichissement de la farine en fer et en acide folique ainsi que celui de l’huile en vitamine A.
La surveillance de la croissance au cœur des interventions
Intervenant sur les actions opérationnelles du CNDN, Adama Nguirane a mis en avant les activités de promotion de la croissance des enfants, particulièrement durant les 1.000 premiers jours de vie, considérés comme déterminants pour le développement physique et intellectuel.
Il a souligné l’importance de la pesée mensuelle des enfants de zéro à 23 mois. « Un enfant doit gagner du poids chaque mois. Lorsque ce n’est pas le cas, cela peut révéler un problème nutritionnel qu’il faut détecter rapidement », a-t-il expliqué.
Cette surveillance s’accompagne d’entretiens avec les mères ou les gardiennes d’enfants, de visites à domicile pour les cas à risque et d’un système de référence vers les structures sanitaires pour les situations les plus préoccupantes.
Selon lui, la prévention, le dépistage précoce et l’implication communautaire demeurent les leviers les plus efficaces pour réduire de façon durable la malnutrition au Sénégal.
