Un seul centre spécialisé pour tout le pays, six oncologues-pédiatres et un besoin criant de personnel infirmier formé : la prise en charge des cancers de l’enfant reste confrontée à d’importants défis au Sénégal. La cheffe de service d’Oncologie pédiatrique de l’Hôpital Dalal Jamm, le Dr Fatou Bintou Diagne, a insisté sur ces difficultés, mardi, à l’occasion d’une cérémonie de remise d’un don de 5 millions de francs CFA aux enfants atteints de cancer et au personnel soignant, offert par le Rotary Club Dakar Millénium et l’association Les Porteurs de Flambeau.
« Les défis sont énormes », résume la spécialiste, qui plaide d’abord pour une meilleure répartition de l’offre de soins. « Il faut décentraliser la prise en charge, il faut rapprocher les soins des domiciles », dit-elle.
Un seul centre, six oncologues-pédiatres
Selon le Dr Diagne, l’unité de Dalal Jamm constitue actuellement le seul centre de prise en charge des cancers pédiatriques dans le pays. Conséquence : « Partout où un enfant est diagnostiqué d’un cancer, la famille doit venir à Dakar ». Une situation qui pose à la fois un problème d’accessibilité géographique et financière, les familles concernées disposant souvent de revenus irréguliers et de peu ou pas de couverture sociale.
Le déficit concerne également les ressources humaines. « Actuellement, il y a six oncologues-pédiatres dans le pays, ici à Dalal Jamm on est quatre », précise la spécialiste. Elle appelle ainsi à former davantage de médecins dans cette discipline, mais aussi à renforcer les équipes paramédicales.
« Il faut également former les infirmiers, parce que l’oncologie pédiatrique, c’est vraiment les soins infirmiers. C’est les infirmiers qui sont au cœur de la prise en charge », souligne-t-elle, insistant sur la nécessité de les former et de les motiver.
Pour la spécialiste, une prise en charge efficace ne peut cependant reposer uniquement sur les médecins. Elle doit s’appuyer sur un plateau technique adapté, des médicaments disponibles, des capacités suffisantes de transfusion sanguine et des soins de support, notamment nutritionnels.
« Si on fait des efforts pour diagnostiquer tôt, il faut que quand ils arrivent, ils trouvent un personnel bien formé, des équipements pour faire le diagnostic rapidement et suffisamment de médicaments pour les traiter et pour les guérir », insiste-t-elle.
Le soutien nutritionnel constitue également un maillon essentiel. Certains enfants arrivent déjà fragilisés par la maladie et doivent pouvoir bénéficier d’un accompagnement nutritionnel leur permettant de supporter des traitements lourds, comme la chimiothérapie ou la chirurgie.
Le don de 5 millions de francs CFA remis par le Rotary Club Dakar Millénium et Les Porteurs de Flambeau apporte ainsi une réponse ponctuelle à certains besoins. Mais, pour le Dr Diagne, le défi est désormais de construire une offre de soins plus proche des familles, mieux équipée et dotée de ressources humaines suffisamment nombreuses et qualifiées pour offrir aux enfants une prise en charge véritablement holistique.
