Et si, face au cancer, le Sénégal cessait d’attendre que la maladie frappe pour commencer à agir ? Pour le cancérologue Abdoul Aziz Kassé, l’urgence est désormais de déplacer le curseur vers la prévention : agir sur les personnes qui ne sont pas encore malades afin d’éviter qu’elles ne développent demain un cancer. Une stratégie qu’il juge d’autant plus nécessaire que plusieurs cancers peuvent être prévenus ou détectés de manière précoce.
S’exprimant, jeudi, lors d’un forum consacré à la vaccination contre le HPV, organisé au Centre international de cancérologie de Dakar, à Ouakam, en marge du 5e Congrès national et 4e Congrès international de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus (SSCCPP), Dr Kassé a lancé un plaidoyer sans détour.
« Il vaut mieux agir sur les personnes qui n’ont pas encore le cancer pour éviter que ces personnes ne viennent développer leur cancer », a-t-il martelé.
Quatre cancers, quatre leviers de prévention
Le spécialiste a insisté sur quatre cancers qui constituent, selon lui, des problèmes majeurs au Sénégal : le cancer du col de l’utérus, le cancer du sein, le cancer du foie et celui de la prostate.
Pour le cancer du col, la prévention passe notamment par la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) et le dépistage précoce. Selon Dr Kassé, une détection suffisamment précoce des lésions permettrait d’éviter une très grande partie des cancers du col.
Le cancérologue s’est également alarmé de la faible utilisation du vaccin HPV. « Le vaccin est dans les postes de santé, dans les centres de santé », a-t-il souligné, regrettant que des doses puissent arriver à péremption.
Concernant le cancer du foie, il a rappelé l’existence d’un autre outil préventif : le vaccin contre l’hépatite B. « Si on vaccinait tous les enfants à la naissance, la moitié des cancers du foie allaient disparaître », a-t-il affirmé.
Pour le cancer du sein, Dr Kassé a appelé à sortir d’une prévention concentrée sur le seul mois d’Octobre rose. « Le dépistage doit se faire pendant toute l’année, et pas seulement au mois d’octobre », a-t-il insisté.
Chez les hommes, il a plaidé pour un recours plus précoce au dépistage du cancer de la prostate, notamment par le « dosage du PSA », afin d’identifier les situations nécessitant une évaluation urologique.
« On n’a plus besoin de preuves »
Pour Dr Kassé, la prévention n’est pas une utopie. D’autres pays ont déjà montré qu’une réduction majeure des cancers et des décès liés au cancer du col était possible grâce à la vaccination et au dépistage.
Il cite notamment l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre, où les programmes de vaccination et de prévention ont permis des progrès importants contre le cancer du col de l’utérus. « C’est prouvé ! On n’a plus besoin de preuves, on a besoin d’action ! De gestes ! », a-t-il lancé.
Un appel qui prend une dimension particulière au regard du coût humain et économique du cancer. « Quand vous perdez un malade de ces cancers-là, il y a 16 à 17 personnes qui […] se retrouvent orphelines », a-t-il relevé, évoquant les familles et les proches qui dépendent parfois de la personne malade.
Pour le cancérologue, l’enjeu dépasse donc largement la seule prise en charge médicale. Il s’agit de préserver des vies, des familles et le capital humain du pays. « Je ne vais pas me fatiguer, je ne vais pas abandonner, je ne vais pas me taire et je ne vais pas laisser tomber », a-t-il promis, appelant à transformer les possibilités de prévention en actions concrètes.
