De 30 villages à 676 sites en Afrique de l’Ouest. Brooke Afrique de l’Ouest affiche, en dix (10) ans, des résultats marquants en matière de bien-être animal, de renforcement des compétences et de plaidoyer régional.
Lors de la présentation des performances de l’organisation en Afrique de l’Ouest, ce samedi à Dakar, Ngor DIONE, chargé du suivi et de l’évaluation, est revenu sur dix années d’actions marquées par une expansion spectaculaire et des comportements transformés. Brooke, qui n’intervenait qu’au niveau de 30 villages à Sokone en 2015, couvre aujourd’hui 676 sites à travers l’Afrique de l’Ouest. Rien que sur les trois dernières années, ses équipes et partenaires ont touché plus de 643 000 équidés, chevaux comme ânes.
D’après M. DIONE, l’un des progrès majeurs se mesure dans les changements de comportements des propriétaires et utilisateurs d’équidés. En 2017, plus de 80 % d’entre eux présentaient des pratiques « inacceptables » en matière d’alimentation et d’abreuvement, à l’exception de Foundiougne, zone pilote. Grâce aux actions combinées de communication, à la réduction des problèmes d’accès à l’eau, aux émissions radios, aux argumentaires religieux et à l’engagement communautaire, la situation s’est inversée.
Aujourd’hui, a relevé M. DIONE pour s’en réjouir, « plus de 80 % des propriétaires ont de bonnes pratiques d’alimentation, tandis que 74 % abreuvent correctement leurs animaux. Seuls 21 % déclarent connaître les bonnes pratiques mais ne pas pouvoir les appliquer en raison de contraintes structurelles ».
Des compétences renforcées pour le bien-être animal et des communautés

Les impacts sont également visibles sur la santé physique et psychologique des animaux. Entre 2021 et 2025, la proportion d’équidés maigres ou trop maigres a fortement diminué dans les principales zones d’intervention, notamment au Sénégal et au Burkina Faso, a déclaré Ngor DIONE. Et d’après lui, les observations comportementales confirment ces progrès puisque, dira-t-il, « les animaux montrent moins de peur ou de réactions négatives envers les humains, un changement attribué au projet Compassionate Handling, innovation axée sur une interaction plus humanisée et apaisée ».
Parallèlement, Brooke Afrique de l’Ouest a mis l’accent sur le renforcement des compétences des professionnels. « 237 prestataires de services vétérinaires et de maréchalerie ont été formés et suivis, entraînant une amélioration notable de la qualité des soins », a indiqué son chargé du suivi et évaluation. « En 2025, 45 % des prestataires vétérinaires sont jugés excellents, tandis que la catégorie des prestataires jugés « inacceptables » chez les maréchaux-ferrants a quasiment disparu », a ajouté M. DIONE.
En outre, l’organisation contribue également à améliorer les moyens d’existence des communautés, en réduisant la compétition alimentaire entre ménages et animaux. La dotation de semences de sorgho et de niébé — plus de 214 000 tonnes par an — ainsi que la distribution de 8 778 tonnes de fourrage ont permis de sécuriser les ressources et de soutenir les revenus, selon M. DIONE.
La lutte contre le trafic d’ânes, désormais une priorité africaine
En l’espace d’une décennie, la lutte contre le trafic d’ânes a franchi un cap décisif sur le continent africain. Grâce au plaidoyer mené depuis 2015, une série d’avancées majeures ont été enregistrées, transformant progressivement un enjeu local en véritable priorité régionale.
Tout démarre en 2016 lorsque le Sénégal ouvre la voie en interdisant puis en réglementant l’abattage des ânes. Le Burkina Faso lui emboîte le pas, même si l’impact des mesures diffère d’un pays à l’autre. Trois ans plus tard, en 2019, une conférence nationale à Nairobi alerte sur l’ampleur croissante du phénomène, marquant un tournant dans la prise de conscience continentale.
L’année 2020 voit l’organisation, à Ouagadougou, d’une conférence ouest-africaine entièrement consacrée au trafic d’ânes. Puis, en 2021, la problématique atteint pour la première fois l’agenda d’une réunion ministérielle de la CEDEAO. « Le problème quitte alors la sphère nationale pour devenir un enjeu régional », souligne M. DIONE.
Cette dynamique se confirme en 2022 avec la reconnaissance officielle, par l’Union africaine, de la conférence dédiée à cette question. Les avancées se poursuivent : en 2023, la Côte d’Ivoire décrète à son tour l’interdiction du trafic d’ânes. En 2024, l’Union africaine adopte une décision historique : l’instauration d’un moratoire de quinze ans sur ce type de commerce. En 2025, le Togo rejoint le mouvement en prohibant l’abattage des ânes.
En dix ans, cette cause portée avec constance par Brooke a ainsi réussi à s’imposer comme une priorité africaine, illustrant la portée et l’efficacité d’un plaidoyer conduit sur le long terme.
