Face à une urbanisation accélérée, les villes africaines cristallisent des défis majeurs pour la santé publique, mais aussi des solutions innovantes. C’est l’un des principaux enseignements du livre Urban Health in Africa, coédité par les chercheurs Elaine Nsoesie et Blessing Mberu, qui appellent à changer de regard sur ces espaces en pleine mutation.
Pour Elaine Nsoesie, les villes africaines ne doivent pas être réduites à leurs difficultés. Elles fonctionnent, souvent dans des conditions précaires, grâce à une résilience quotidienne. Blessing Mberu insiste sur cette diversité urbaine : aucune ville ne ressemble à une autre, et les réponses doivent être adaptées aux contextes locaux.
Les défis restent néanmoins considérables. Logements insalubres, accès limité à l’eau potable, systèmes d’assainissement défaillants, pollution de l’air ou encore transports dangereux : ces déterminants sociaux de la santé pèsent lourdement sur le bien-être des populations. Selon Elaine Nsoesie, ces facteurs sont interconnectés et nécessitent des approches globales plutôt que des solutions isolées.
L’urbanisation rapide entraîne aussi une hausse des maladies chroniques. Blessing Mberu souligne que la sédentarité, l’alimentation transformée et le manque d’espaces verts favorisent l’augmentation du diabète, de l’hypertension et de l’obésité dans de nombreuses villes du continent.
Comment améliorer la santé dans les villes africaines
Mais au-delà du constat, les deux experts mettent en avant des pistes concrètes. D’abord, repenser l’aménagement urbain en intégrant des espaces verts, des pistes piétonnes et des infrastructures sportives pour encourager l’activité physique. Ensuite, investir dans des transports publics sûrs et moins polluants afin de réduire à la fois les accidents et les émissions nocives.
Les solutions passent également par l’amélioration des services de base. Pour Elaine Nsoesie, garantir l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à des logements décents constitue un levier prioritaire. De son côté, Blessing Mberu plaide pour une planification urbaine inclusive, notamment dans les quartiers informels, où vivent des millions d’Africains.
Plusieurs initiatives illustrent cette dynamique, de Kampala à Nairobi en passant par Yaoundé, avec des programmes sur la qualité de l’air, la santé mentale ou encore la transformation des bidonvilles. Pour Elaine Nsoesie et Blessing Mberu, ces expériences montrent qu’il est possible de concilier croissance urbaine et amélioration de la santé.
Enfin, les auteurs insistent sur la nécessité d’une gouvernance forte et d’une collaboration entre urbanistes, professionnels de santé et décideurs publics. Ils appellent aussi à donner une place centrale aux jeunes, majoritaires dans les villes africaines, afin de co-construire des solutions durables.
Pour Elaine Nsoesie et Blessing Mberu, l’avenir des villes africaines dépendra de cette capacité à transformer les contraintes en opportunités. Plus que des espaces en crise, elles peuvent devenir des modèles de santé urbaine, à condition d’investir dès maintenant dans des politiques inclusives et adaptées.
