La publication du communiqué du procureur de la République sur l’enquête concernant les violences politico-judiciaires de 2021 à 2024 est accueillie avec prudence par la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH). Pour son président, Denis Ndour, l’ouverture et la poursuite des investigations constituent un signal positif, mais elles ne sauraient suffire sans la levée de l’obstacle juridique que représente, selon lui, la loi d’amnistie.
Dans son communiqué daté du 2 octobre 2026, le parquet de Dakar fait état d’un bilan provisoire de 76 personnes décédées, dont 41 dans la région de Dakar, et de plus de 200 présumées victimes de tortures ou de traitements inhumains, cruels ou dégradants. Les enquêteurs ont également auditionné 166 victimes et témoins. Cinq personnes ont été inculpées dans deux volets de l’enquête, notamment ceux concernant Pape Abdoulaye Touré et Mamadou Ndoye.
Pour Denis Ndour, cette avancée doit toutefois aller jusqu’à son terme. « Les Sénégalais peuvent se féliciter qu’au moins on puisse dire que cette affaire de 2021 qui a secoué le pays, avec ses morts dont les parents sont encore affectés, fait l’objet d’enquêtes », a-t-il réagi.
Mais le président de la LSDH pose aussitôt une exigence : l’abrogation de la loi d’amnistie. « Notre satisfaction ne sera grande que si on abroge la loi d’amnistie. Parce qu’on ne peut pas faire une justice sélective », a-t-il martelé.
Selon lui, la crédibilité de la démarche judiciaire dépendra de sa capacité à examiner l’ensemble des responsabilités éventuelles. « La justice sera considérée, en tout cas dans la perception des Sénégalais, impartiale si vraiment cette loi d’amnistie est abrogée et que les enquêtes se poursuivent et qu’on aboutisse à des procès », a-t-il ajouté.
Le parquet a, pour sa part, indiqué que l’instruction se poursuit et que d’autres procédures judiciaires pourront être ouvertes en fonction des niveaux de responsabilité qui seront établis par les investigations.
Pour Denis Ndour, le véritable enjeu est désormais là : que la quête de vérité et de justice puisse concerner tous les faits et tous les niveaux de responsabilité établis par les enquêtes.
