Alors que le Sénégal affiche un discours résolument souverainiste, le budget alloué au secteur de la santé reste inférieur à 5 % du budget national. Une contradiction majeure relevée par le Dr Farba Lamine Sall, économiste de la santé, lors de la conférence inaugurale du 1er Congrès de la Médecine Privée au Sénégal, ouvert jeudi à Dakar et qui s’achève ce samedi 24 janvier.
Devant un parterre de professionnels de santé et de décideurs, le Dr Sall a dressé un diagnostic sans concession du système sanitaire sénégalais, marqué par une perte de confiance des populations, une forte dépendance technologique et une persistance des évacuations sanitaires à l’étranger. « Le Sénégal ne peut pas être dans un schéma de la dialyse où la seule voie de sortie, c’est la mort », a-t-il martelé, appelant à une rupture profonde dans les politiques publiques de santé.
Pour l’économiste senior en gouvernance sanitaire, financement de la santé, et renforcement du système de santé, la souveraineté sanitaire ne se résume pas à la réduction des évacuations médicales, mais à la capacité du pays à satisfaire, de manière autonome et durable, les besoins de santé de sa population. Cela suppose des choix politiques clairs, un financement public conséquent et un investissement massif dans les plateaux techniques, la maintenance des équipements et la production pharmaceutique locale.
Retombées du pétrole et du gaz, une opportunité pour la santé à saisir
Le Dr Sall a également insisté sur les causes structurelles des évacuations sanitaires, citant l’insuffisance technologique, le déficit de confiance, mais aussi l’absence de confidentialité dans certaines structures de soins. « Il faut que cela change pour éviter les évacuations sanitaires hors du pays », a-t-il plaidé, soulignant que le Sénégal dispose déjà du capital humain nécessaire, mais souffre d’un important gap technologique.
Récemment, le Secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Serigne Mbaye, a souligné que les évacuations sanitaires constituent un défi majeur pour les pouvoirs publics. Selon des estimations, leur prise en charge représenterait au moins 5 milliards de francs CFA par an, une charge lourde pour les finances publiques et pour les ménages, dans un contexte où l’accès équitable aux soins demeure un enjeu crucial.
Dans un contexte de découverte du pétrole et du gaz, Dr Farba Lamine Sall a appelé à saisir cette opportunité pour repositionner le pays comme un hub médical régional. Mais sans un relèvement significatif des ressources budgétaires dédiées à la santé, la souveraineté sanitaire restera, selon lui, un slogan plus qu’une réalité.
Aujourd’hui encore, nombre de Sénégalais se plaignent du coût élevé supporté par les ménages, qui financent encore près de 44 % des dépenses de santé.
Le déficit de souveraineté et la leçon marocaine
Les évacuations sanitaires constituent l’une des manifestations les plus visibles de ce déficit de souveraineté. Cancers avancés, chirurgie cardiaque, greffes d’organes ou encore absence de confidentialité figurent parmi les principaux motifs de départ à l’étranger.
Pour le Dr Sall, ce paradoxe est frappant puisque le Sénégal forme des professionnels de santé reconnus, mais ne leur offre pas toujours l’environnement technologique et organisationnel leur permettant d’exercer pleinement.
À l’inverse, le Maroc apparaît comme un exemple régional. Le pays couvre environ 70 % de ses besoins pharmaceutiques, contre à peine 5 % pour le Sénégal, et a su investir dans la technologie et la maintenance, conditions essentielles de la performance médicale. Résultat : une attractivité accrue de ses hôpitaux et une capacité à retenir patients et compétences, a fait remarquer le conférencier.
