La souveraineté sanitaire ne se décrète pas, elle se construit dans les hôpitaux, les pharmacies et les mécanismes de financement. Dans une nouvelle tribune engagée, parvenue à afriquenvie jeudi, l’économiste de la santé et ancien directeur de cabinet de la ministre de la Santé Pr Awa Marie Coll-Seck, Dr Farba Lamine Sall, invite le Sénégal à transformer l’ambition politique affichée en résultats concrets pour les populations.
44 % de dépenses pèsent encore sur les ménages
Pour le Dr Sall, le premier chantier reste celui du financement. S’appuyant notamment sur le Compact Santé 2025 du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, il plaide pour un financement domestique accru de la santé, sans alourdir davantage la charge des ménages.
Il relève que ceux-ci supportent actuellement 44 % des dépenses de santé directement de leur poche, alors que la part de la santé dans le budget national stagne ou recule depuis 2021, restant loin de l’objectif de 15 % fixé dans le cadre de la Déclaration d’Abuja.
L’économiste estime que le Sénégal dispose pourtant de marges de manœuvre. Le manque à gagner fiscal est évalué par AfriCatalyst entre 1 et 1,7 milliard de dollars par an. La récupération d’un seul tiers de cette somme pourrait, selon lui, dégager 330 à 560 millions de dollars annuellement pour la santé.
Financer, mais surtout obtenir des résultats
Le deuxième pilier est celui de la gouvernance. Le Dr Sall salue la démarche engagée par le ministère à travers la Revue annuelle conjointe (RAC), qui ne se limite plus, selon lui, à examiner les crédits mobilisés, mais cherche à mesurer leur exécution et leurs résultats.
Avec 88,9 % des engagements de l’année précédente exécutés, il considère cette orientation comme encourageante. Mais il appelle à aller plus loin, notamment sur la qualité de l’accueil dans les structures publiques et les conditions de travail du personnel de santé.
La Lettre de politique sectorielle 2025-2029 constitue, à ses yeux, un autre levier, avec son orientation vers davantage de prévention, de promotion de la santé et de performance hospitalière.
Réduire les évacuations, renforcer le pouvoir de négociation
Troisième priorité : renforcer les capacités nationales de diagnostic et de traitement. Les insuffisances persistantes du plateau technique continuent de favoriser les évacuations sanitaires à l’étranger, coûteuses pour les familles comme pour l’État. Pour le Dr Sall, la souveraineté sanitaire ne signifie toutefois pas l’isolement. Le Sénégal doit rester ouvert aux partenariats internationaux, mais en négociant « en position de force », grâce à des ressources et des capacités nationales renforcées.
Financement domestique, gouvernance rigoureuse et capacités techniques : trois piliers que l’économiste considère comme indispensables pour faire de la souveraineté sanitaire une réalité. L’enjeu, conclut-il, se mesurera concrètement à la disponibilité des médicaments, au fonctionnement des structures de santé et à la capacité des familles à accéder aux soins sans basculer dans la précarité.
Tafsir KANE
