Malgré des investissements et un cadre réglementaire existant, la gestion des déchets biomédicaux au Sénégal reste marquée par de graves dysfonctionnements. Dans un diagnostic sans complaisance, Aminata Mbodji relève des failles persistantes qui exposent le personnel de santé, les populations et l’environnement à des risques sanitaires réels.
La gestion des déchets biomédicaux au Sénégal est en crise. C’est le constat sans détour dressé par Madame Aminata Mbodji, Conseillère en organisation, dans le Magazine semestriel du Bureau Organisation et Méthodes (BOM) de janvier 2026. Derrière les efforts affichés par l’État, le système révèle de profondes défaillances qui compromettent à la fois la sécurité des soins, la santé publique et la protection de l’environnement.
Les structures de santé, pilier du système sanitaire, produisent quotidiennement d’importantes quantités de déchets à risques. Or, malgré l’existence de procédures claires, leur application reste largement défaillante. Tri approximatif, collecte mal organisée, transport non sécurisé, stockage inadapté et élimination souvent rudimentaire : chaque maillon du circuit présente des failles.
Résultat, des déchets infectieux se retrouvent mêlés aux ordures ménagères, tandis que des objets tranchants ou contaminés circulent sans précaution.
Les conséquences sont lourdes. Selon les données citées, 51,5 % des accidents d’exposition au sang chez le personnel soignant sont liés à une mauvaise gestion des déchets. À cela s’ajoutent les risques de contamination au VIH et aux hépatites pour les populations riveraines et les récupérateurs informels des décharges.
L’impact environnemental est tout aussi préoccupant, notamment avec l’usage de brûleurs artisanaux ou l’absence de traitement adéquat des effluents biologiques.
Pourtant, des investissements ont été réalisés : banaliseurs dans les zones urbaines, incinérateurs dans certaines structures périphériques. Mais ces équipements souffrent de pannes fréquentes, d’un manque de maintenance et d’une utilisation parfois inappropriée. À cela s’ajoutent une formation insuffisante du personnel, un déficit d’organisation et un partenariat public-privé encore embryonnaire.
Le cadre législatif existe pourtant. La loi n°2001-01 du 12 avril 2001 portant Code de l’environnement définit le déchet comme toute substance destinée à être éliminée. Les déchets biomédicaux se répartissent en plusieurs catégories : les déchets assimilés aux ordures ménagères (DAOM) [papiers, emballage,…]; les déchets d’activités de soins à risque infectieux (DASRI) composés de déchets infectieux ou potentiellement infectieux [compresses souillées, poches de sang, sondes souillées, etc.] et des objets piquants, coupants et tranchant (OPCT) [aiguilles, lames de bistouri]; les déchets anatomiques [organes ou parties du corps humain]; autres types de déchets [déchets alimentaires, déchets pharmaceutiques]. Leur gestion rigoureuse est une obligation pour les établissements de santé.
Face à ce diagnostic alarmant, Mme Mbodji propose une refonte stratégique. Elle appelle à ériger la gestion des déchets biomédicaux en priorité nationale, à renforcer les moyens financiers des structures pour assurer la maintenance et le recours à des prestataires spécialisés, et à développer des pôles régionaux mutualisés de traitement. Elle insiste également sur la nécessité de former régulièrement le personnel et de mieux encadrer le partenariat avec le secteur privé à travers des normes strictes et des contrôles rigoureux.
Sans une réforme en profondeur, estime-t-elle, les dysfonctionnements actuels continueront d’alimenter un risque sanitaire silencieux mais bien réel.
