Malgré un score global de 89 sur 100, qualifié de « Très Bon », le Sénégal est appelé à accélérer les réformes pour renforcer la transparence et la gouvernance de ses ressources extractives. C’est le principal message ressorti du point de presse tenu ce mardi à Dakar, consacré à la présentation des résultats de la troisième validation du Sénégal au regard de la Norme ITIE 2023.
Si la performance a été saluée par l’ensemble des parties prenantes, les intervenants ont cependant insisté sur les nombreux chantiers qui attendent encore le pays. Pour Dr Pape Fara Diallo, président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez », ce score constitue une reconnaissance des efforts consentis, mais ne doit pas masquer les défis persistants. « Ce score honorable n’est pas une finalité », a-t-il notamment réagi. Selon lui, la transparence doit désormais se traduire par des retombées concrètes pour les populations vivant dans les zones extractives, notamment à travers un meilleur partage des bénéfices et des transferts financiers effectifs vers les collectivités territoriales.
La question des transferts infranationaux reste en effet l’un des points faibles du dispositif, la société civile appelant depuis plusieurs années à une meilleure traçabilité des ressources destinées aux communautés impactées.

Dr Pape Fara Diallo a également insisté sur la nécessité d’améliorer la gouvernance des entreprises publiques, en réclamant des rapports financiers plus détaillés et une meilleure visibilité sur les flux générés par l’exploitation des ressources naturelles.
Autre défi majeur pointé, il s’agit de l’utilisation stratégique des données issues des rapports ITIE. Bien que le Sénégal dispose aujourd’hui d’une importante base d’informations, leur exploitation dans l’élaboration des politiques publiques reste encore insuffisante, a estimé Dr. Diallo, ajoutant que la société civile plaide ainsi pour des analyses plus approfondies afin de transformer ces données en leviers de développement économique et social.
La question du suivi des obligations sociales et environnementales des entreprises extractives a aussi été soulevée, notamment en ce qui concerne les plans de gestion environnementale et les contributions sociales. Le président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez », Dr Pape Fara Diallo a appelé à un reporting plus structuré pour garantir une exploitation responsable des ressources.
Du côté de l’administration, le directeur général des Mines et de la Géologie, Ibrahima Gassama, a réaffirmé l’engagement de l’État à relever ces défis. Il a notamment évoqué les réformes engagées pour améliorer la traçabilité des titres miniers, la déclaration des bénéficiaires effectifs et l’opérationnalisation du Fonds d’appui et de développement local (FADL). Il a également souligné que l’audit du secteur minier a révélé un taux élevé (94%) de non-conformité des titres, justifiant les efforts actuels d’assainissement et de sensibilisation des acteurs.
Pour sa part, le président du Comité national ITIE, Thialy Faye, a rappelé que 11 mesures correctives devront être mises en œuvre d’ici la prochaine validation prévue en 2030, contre 26 lors de la précédente évaluation. Une évolution qui témoigne, selon lui, des progrès réalisés, tout en confirmant la nécessité de poursuivre les réformes.
Au final, le score de 89 sur 100 apparaît davantage comme une étape que comme un aboutissement. Les différents intervenants ont insisté sur un impératif commun qu’est de faire de la transparence un véritable outil de transformation sociale, afin que les ressources extractives profitent pleinement aux citoyens et renforcent la justice économique au Sénégal.
