À la gare routière des Beaux Maraîchers de Pikine, le papier journal continue de servir d’emballage à certains sandwichs vendus aux voyageurs. Une pratique banalisée par les contraintes économiques des restauratrices, mais qui soulève des préoccupations en matière de sécurité sanitaire des aliments.
Lors d’une visite de terrain organisée mardi par l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD), avec le soutien de la FAO, des restauratrices ont été sensibilisées sur les risques liés à l’utilisation de papiers imprimés pour le conditionnement des aliments.
Restauratrice sur le site, Fat Cissé Bèye reconnaît utiliser des invendus de journaux pour emballer ses sandwichs. « Je l’ai toujours fait et je n’ai jamais eu de retour négatif de mes clients », explique-t-elle. Elle évoque surtout le coût des emballages appropriés et les charges liées à son activité. Avec deux autres collègues, elle doit notamment se cotiser pour payer un loyer de 118 000 FCFA auprès de la direction de la gare.
« L’encre contient des métaux lourds »

Pour Dr Mamadou Ndiaye, docteur vétérinaire et consultant international en sécurité sanitaire des aliments au bureau sous-régional de la FAO au Sénégal, cette pratique constitue un point de vigilance.
« L’essentiel ici, c’est des papiers usagés, des journaux qui sont utilisés pour le conditionnement des produits », constate-t-il. Selon l’expert, « le papier journal, c’est de l’encre qui contient des métaux lourds et ça peut être extrêmement dangereux pour la santé ».
Sur le terrain, un relais de la sécurité sanitaire des aliments a également insisté sur le caractère cumulatif de certains risques. « C’est comme ajouter de l’eau dans un verre déjà plein : il déborde », a expliqué Gnoukhoussa Diakhaté, soulignant qu’une exposition répétée au fil des années peut contribuer à l’apparition de problèmes de santé.
Pour Dr Ndiaye, les efforts doivent également porter sur l’entretien des locaux et les comportements individuels. Il relève notamment des insuffisances dans l’entretien de certains espaces et appelle les restaurateurs à adapter leurs pratiques aux produits commercialisés.
Les « 5 M » pour réduire les risques

L’expert a rappelé aux acteurs les cinq éléments à surveiller pour prévenir les contaminations : la matière première, le matériel, le milieu, la main-d’œuvre et la méthode.
La matière première doit être sûre et contrôlée. Le matériel doit être propre, entretenu et ne pas constituer une source de contamination. Le milieu de travail doit être aéré et protégé contre la poussière et les intempéries. La main-d’œuvre doit être en bonne santé et formée aux bonnes pratiques.
Enfin, la méthode de préparation et de conservation est déterminante. « Les produits périssables doivent être maintenus à une température suffisante pour ne pas favoriser la prolifération bactérienne », rappelle Dr Ndiaye. Pour les aliments chauds, il préconise leur maintien à une température relativement élevée, autour de 60 à 70 degrés, jusqu’à leur consommation.
Pour l’expert, la sensibilisation doit se poursuivre à travers les relais et les organisations professionnelles. L’objectif est de permettre aux acteurs eux-mêmes de « continuer à véhiculer le message » de la sécurité sanitaire des aliments.
