La prévention occupe-t-elle en réalité la place qu’elle mérite dans la politique sanitaire du Sénégal ? Le Dr Hc. Mballo Dia Thiam pose la question dans une tribune transmise à la presse dimanche, où il dénonce l’insuffisance des ressources humaines chargées de l’hygiène publique, tout en alertant sur la situation de l’École des agents d’assainissement et le retard des recrutements. Pour le secrétaire général du SUTSAS et président de l’ASAS And Gueusseum, cette situation fragilise les capacités du pays à prévenir les risques sanitaires.
Selon les chiffres avancés par le responsable syndical, le Sénégal compterait 486 agents d’hygiène pour une population estimée à 19 millions d’habitants, « soit environ un agent pour 38 000 habitants. » Un ratio qui ne tient même pas compte des départs définitifs annuels, souligne-t-il. À ses yeux, ce déficit de personnel pose la question des moyens effectivement consacrés à la prévention, notamment dans un contexte marqué par les inondations et les risques épidémiques.
M. Thiam déplore également que l’École des agents d’assainissement soit pratiquement à l’arrêt et que les recrutements d’agents d’hygiène restent très insuffisants, voire différés. Il s’interroge sur la capacité du système sanitaire à protéger de façon efficace les populations lorsque les effectifs chargés de surveiller et de prévenir les risques demeurent aussi limités.
Dans ce contexte, le syndicaliste appelle à une revalorisation du Service national de l’Hygiène, qu’il qualifie de « grande force paramilitaire silencieuse ». Il salue les efforts de ses agents, qui, selon lui, accomplissent leurs missions avec des moyens particulièrement limités, et plaide pour un renforcement des ressources humaines, financières et techniques de ce service.
Par ailleurs, le responsable syndical pointe aussi les insuffisances du cadre juridique. Il estime que le Code de l’hygiène est devenu obsolète, tandis que ses dispositions semblent diluées dans celles du Code de l’environnement. Il s’interroge également sur la lenteur de l’actualisation du Code de la santé, appelant à davantage de cohérence dans l’encadrement de l’hygiène publique.
Parmi les pistes avancées figure la concrétisation de l’accord du 25 mars conclu entre le gouvernement et And Gueusseum, sous l’autorité du ministre Abdoulaye Diouf Sarr. Cet accord, d’après M. Thiam, prévoit notamment l’érection d’une École d’ingénieurs en hygiène à Khombole, dans la dynamique de création du corps des ingénieurs prévu par le décret n° 2018-1430 portant statut particulier du cadre des fonctionnaires de la santé.
Enfin, le syndicaliste évoque la Direction générale de l’Hygiène, annoncée mais qui, selon lui, n’a pas encore été effectivement créée. Il appelle ainsi à des choix institutionnels plus cohérents et à un investissement accru dans la prévention. Pour lui, la protection de la santé publique ne peut reposer de façon durable sur des services sous-dotés en personnel et en moyens.
