Au Sénégal, la crise entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants franchit un nouveau cap. Réunis en conférence de presse, ce vendredi, les responsables du G7 ont annoncé le dépôt imminent d’une plainte contre l’État du Sénégal auprès du Bureau international du travail (BIT). À l’origine de cette décision, les ponctions salariales opérées sur les bulletins de paie des enseignants après la grève de six jours observée en janvier 2026, que les syndicats jugent « illégales et disproportionnées ».
Selon les leaders syndicaux, l’administration aurait prélevé dix jours de salaire alors que la durée effective du mouvement de grève était de six jours.
Une situation que les enseignants dénoncent avec fermeté. « Nous avons remarqué que sur les bulletins de paie, dix jours ont été prélevés », a affirmé Aliou Diouf, secrétaire général du Cusems, dénonçant des mesures prises « au mépris de toutes les règles procédurales ».
Le G7 considère ces retenues comme arbitraires et les assimile à une forme de sanction injustifiée contre des travailleurs qui exerçaient un droit constitutionnel. Les syndicats parlent même de « hold-up » et accusent l’État de chercher à humilier les enseignants.
Face à ce qu’ils qualifient de « communication irresponsable » du gouvernement, les syndicats ont décidé de porter l’affaire sur le terrain international. Leur plainte vise une violation de la Convention n°95 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à la protection du salaire. Dans cette démarche, le collectif bénéficie du soutien de l’Internationale de l’Éducation, qui accompagnera le processus devant les mécanismes de l’organisation. « Le gouvernement a fait ce que bon lui semble. L’Internationale de l’Éducation nous accompagnera pour que cette plainte aboutisse et que l’État apporte les correctifs nécessaires », a indiqué Hamidou Diédhiou, membre du G7.
Dans le même temps, les syndicats rejettent le Pacte de stabilité sociale évoqué par l’Exécutif. Pour Aliou Diouf, ce pacte ne peut engager les enseignants qui, selon lui, représentent près de 70 % des effectifs de la fonction publique. Le G7 précise également que les discussions prévues entre le Premier ministre et les centrales syndicales ne les concernent pas directement, privilégiant le comité de suivi des accords signés en 2022.
Pour maintenir la pression, le collectif annonce une montée en puissance de la mobilisation. Un rassemblement est prévu à Dakar devant l’Inspection de l’éducation et de la formation (IEF) de Dakar-Plateau, en plus de tournées nationales de sensibilisation et d’actions telles que des sit-in et des journées de présence active. Les syndicalistes avertissent que l’avenir de l’année scolaire dépend désormais de la réaction des autorités.
Cheikh Mbow tire la sonnette d’alarme : « L’avenir d’une génération est en jeu »

Pendant ce temps, la société civile éducative s’inquiète de la dégradation du climat scolaire. La Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep), dirigée par Cheikh Mbow, alerte sur les risques qui pèsent sur l’année académique.
Selon la coalition, plus de 150 heures de cours ont déjà été perdues, créant un déficit important dans les apprentissages. Le boycott de certaines activités pédagogiques, notamment les évaluations et les cellules pédagogiques, fragilise également le suivi des élèves.
Face à cette situation jugée « d’une gravité inquiétante », la Cosydep appelle à l’implication directe des plus hautes autorités de l’État.
L’organisation invite le Premier ministre à piloter personnellement le dispositif de dialogue et de suivi de la crise, tout en demandant au chef de l’État d’engager un échange direct avec la communauté éducative afin d’apaiser les tensions.
Pour Cheikh Mbow et ses partenaires, un accord minimal doit être trouvé rapidement afin d’assurer le fonctionnement normal des écoles. À défaut, préviennent-ils, la crise actuelle risque de pénaliser durablement les élèves de l’école publique et d’accentuer les inégalités à l’approche des examens scolaires.
