Les organismes génétiquement modifiés (OGM) continuent d’alimenter de nombreuses idées reçues. Lors d’un atelier organisé à Saly par l’Autorité nationale de biosécurité (ANB), les experts ont tenu à déconstruire certaines croyances bien ancrées dans l’opinion. Pour eux, beaucoup d’amalgames persistent entre sélection, pratiques d’élevage et modification génétique.
COMPRENDRE LA BIOSÉCURITÉ [1/8]

« Lorsqu’on voit quelque chose qui sort des normes, on conclut souvent que c’est un OGM. Pourtant, ce n’est pas aussi simple », constate le colonel Lamine Kane, spécialiste à l’Autorité nationale de biosécurité (ANB). Pour illustrer son propos, il cite l’exemple des poulets de chair, souvent présentés comme des organismes génétiquement modifiés en raison de leur croissance rapide et de leur forte masse musculaire. « Les poulets de chair ne sont pas des OGM. Leur développement est lié au type d’alimentation, à la sélection des races et aux pratiques d’élevage. Un OGM, c’est autre chose : il s’agit d’un organisme dans lequel on a introduit un gène étranger afin de lui conférer un nouveau caractère », explique-t-il. Le même raisonnement s’applique, selon lui, aux légumes ou aux fruits jugés « trop gros ». « Ce n’est pas parce qu’un poivron est plus volumineux qu’il est forcément génétiquement modifié », insiste le spécialiste.
Une confusion entretenue par les réseaux sociaux
Au cours de cette rencontre avec des journalistes spécialisés dans l’information sanitaire et environnementale, l’attention a été également attirée sur le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion d’informations inexactes sur les biotechnologies. La biotechnologie regroupe les techniques qui utilisent des êtres vivants (bactéries, levures, cellules, etc.) ou certaines de leurs parties (enzymes, ADN) pour créer ou fabriquer des produits utiles. Elle comprend aussi bien des procédés anciens, comme la fabrication du pain ou de la bière par fermentation, que des techniques modernes, comme la thérapie génique ou les vaccins.
Le colonel Lamine Kane raconte avoir vu circuler un message affirmant que les États-Unis auraient abandonné les OGM. « Même des personnes bien informées l’ont partagé sans vérifier la source. Aujourd’hui, beaucoup de messages sont relayés sans aucun recul », déplore-t-il.
Selon lui, la communication sur les OGM se heurte souvent à une forte dimension émotionnelle. « Les réponses scientifiques relèvent du rationnel, mais les peurs sont ancrées dans l’émotion. C’est ce qui rend la désinformation difficile à combattre », relève-t-il. Pour illustrer cette différence entre perception et réalité, il évoque le transport aérien. Des millions de vols sont effectués chaque année dans le monde, mais un seul crash suffit à marquer durablement les esprits. « On ne peut pas conclure que l’avion n’est pas sûr parce qu’un accident survient. Il faut analyser les faits avec du recul », souligne-t-il.
Le spécialiste cite également le vaccin AstraZeneca contre la Covid-19. Malgré des millions de doses administrées avec succès, quelques cas de thrombose fortement médiatisés ont profondément influencé la perception du public. Pour le Colonel Kane de l’ANB, le débat sur les OGM doit ainsi reposer sur des données scientifiques plutôt que sur les rumeurs. Les journalistes sont ainsi appelés à jouer de manière pleine leur rôle de vulgarisateurs en s’appuyant sur des sources crédibles afin d’aider les citoyens à distinguer les faits des idées reçues.
