La défense du budget 2026 du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique a pris, hier, un tournant inattendu lorsque l’honorable députée Aïcha Touré a livré un vibrant plaidoyer en faveur de la protection des équidés au Sénégal. Face au ministre Me Bamba Cissé, venu présenter le projet de budget de son département, la parlementaire a tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’elle qualifie de « maltraitance banalisée » dont sont victimes chevaux, ânes et mulets à travers le pays.
D’une voix ferme, l’élue a rappelé que « le droit de nos compatriotes de gagner leur vie ne doit jamais primer sur la dignité des animaux », soulignant que ces êtres « sensibles et muets » sont quotidiennement exploités dans des conditions indignes, en particulier dans les zones périurbaines de Dakar et dans les régions.
Un arrêté oublié
S’appuyant sur ses recherches, Aïcha Touré a mis en lumière un arrêté interministériel méconnu du grand public, le 18 457 du 16 décembre 2006, qui encadre le transport par véhicules à traction animale.
Elle a rappelé que ce texte impose « un carnet de santé pour chaque cheval; une visite vétérinaire obligatoire tous les six mois, préalable à la délivrance d’un certificat d’aptitude; un âge minimum de 18 ans pour les conducteurs de charrettes; l’obligation pour chaque cocher de disposer de deux chevaux, l’un travaillant le matin, l’autre le soir; l’interdiction de toute forme de châtiment corporel, notamment dans les parties sensibles des animaux ». « Tout ceci existe dans la loi, mais rien n’est appliqué », a martelé la députée.

Elle a dénoncé la présence, « sous les yeux de tous », d’enfants de 11 à 13 ans conduisant des charrettes dans des conditions dangereuses, au mépris du texte réglementaire et de la sécurité publique.
Un appel direct au ministre
S’adressant personnellement au ministre Me Bamba Cissé, Aïcha Touré a exhorté le gouvernement à « dépoussiérer et enfin appliquer » les textes en vigueur. « Vous vous êtes engagé à restaurer la rigueur dans l’application des lois. Je vous demande, avec la même détermination, de veiller à ce que celles qui protègent les équidés soient respectées », a-t-elle insisté, recevant l’approbation de plusieurs collègues dans l’hémicycle.
La sortie de la députée a ouvert un débat sur la situation des animaux de traction au Sénégal, un sujet souvent relégué au second plan malgré son importance sociale et économique.
Le ministre, interpellé, a assuré que son département « évaluera les mécanismes de contrôle » relatifs à cet arrêté et collaborera avec les ministères concernés pour « renforcer la protection et la surveillance du secteur ».
À l’issue de la séance, de nombreux observateurs, dont l’ONG Brooke Afrique de l’Ouest -défenseure acharnée des équidés depuis 15 ans-, ont salué le courage politique d’Aïcha Touré, estimant que son intervention soulève un enjeu humanitaire et sanitaire longtemps négligé.
