La polémique autour du durcissement de la législation sénégalaise contre l’homosexualité prend une dimension internationale. Après l’adoption par l’Assemblée nationale d’une loi renforçant les sanctions, la ministre wallonne Cécile Neven annonce des mesures de rétorsion et plusieurs organisations internationales appellent Bassirou Diomaye Faye à ne pas promulguer le texte.
La Wallonie revoit sa coopération avec le Sénégal
Dans une vidéo diffusée sur ses plateformes numériques, la responsable politique belge a dénoncé une loi qu’elle juge « stigmatisante » et « dangereuse pour des vies humaines ».
La ministre a annoncé l’annulation d’un déplacement officiel prévu fin mars au Sénégal dans le cadre d’un colloque international lié à des projets climatiques financés par la Wallonie.
Elle a également ordonné un examen approfondi de l’ensemble des financements wallons destinés aux projets de coopération climatique avec Dakar. Cette réévaluation pourrait déboucher sur une suspension ou une réorientation des appuis financiers.
Selon elle, la coopération internationale doit rester cohérente avec les valeurs défendues par la Belgique, notamment en matière de dignité humaine.
Les ONG dénoncent une loi « profondément discriminatoire »

De son côté, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) estime que la nouvelle loi adoptée le 11 mars 2026 constitue un « durcissement inquiétant ».
Le texte prévoit désormais des peines de cinq à dix ans de prison pour les relations homosexuelles et sanctionne la « promotion » de l’homosexualité.
Pour l’organisation, cette législation viole les engagements internationaux du Sénégal et risque d’accroître les arrestations arbitraires, les violences et la stigmatisation des personnes LGBTIQ+.
L’ONU appelle à ne pas promulguer la loi
L’alerte est également venue de Organisation des Nations unies (ONU).
Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « profondément préoccupé » par l’adoption de cette loi, estimant qu’elle porte atteinte aux droits fondamentaux comme la dignité, la vie privée, l’égalité et la liberté d’expression.
L’ONU exhorte le président sénégalais à ne pas promulguer le texte et à garantir le respect des droits humains sans discrimination.

Des inquiétudes sur la santé publique
L’ONUSIDA met en garde contre les conséquences sanitaires de la criminalisation.
L’agence estime que cette loi pourrait compromettre la lutte contre le VIH, en éloignant les populations vulnérables des services de santé et en aggravant la stigmatisation.
Alors que 79 % des personnes vivant avec le VIH ont accès au traitement au Sénégal, les nouvelles infections ont augmenté de 36 % entre 2010 et 2024, ce qui renforce l’urgence d’une approche fondée sur la santé publique et les données scientifiques.
Une pression diplomatique croissante
Entre menaces de suspension de financements, critiques des ONG et mises en garde des agences onusiennes, la nouvelle loi place désormais le Sénégal au cœur d’une forte pression diplomatique et internationale, à quelques semaines de la décision finale sur sa promulgation.
