Très prisé au Sénégal en cette période de fraîcheur, le beurre de karité s’impose comme un allié incontournable contre le froid et la sécheresse de la peau. Utilisé depuis des générations pour ses vertus hydratantes, cicatrisantes et protectrices, il dépasse aujourd’hui le simple cadre domestique pour devenir un produit stratégique, à la croisée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
Du Sénégal à l’Éthiopie, le karité est au cœur des paysages agroforestiers de la bande soudano-sahélienne. Arbre fruitier semi-domestiqué, il nourrit une filière de cueillette, de transformation et de commercialisation largement portée par les femmes. En Afrique de l’Ouest, plus de huit millions d’entre elles vivent directement de cette activité, qui représente en moyenne 12 % des revenus des ménages ruraux et jusqu’à 32 % des ressources financières des femmes. Le Mali et le Burkina Faso dominent le marché mondial, mais le Sénégal reste un espace clé de consommation et de valorisation locale, notamment durant l’hivernage et la saison froide.
Pourtant, cet « or vert » est aujourd’hui fortement menacé. Déforestation, coupes de bois de chauffe, feux de brousse, pression foncière, extension des cultures de rente comme le coton : les parcs à karité vieillissent et se régénèrent mal. La baisse de la pluviométrie et la dégradation des sols accentuent la chute de productivité de ces arbres, pourtant essentiels à l’atténuation du changement climatique grâce à leur capacité à fixer le carbone.
Face à ces défis, des coopératives du Mali et du Burkina Faso, engagées dans des filières biologiques et équitables, ont fait le choix d’une stratégie durable : l’aménagement et la sécurisation des parcs à karité. Régénération naturelle assistée, taille et greffage, agroforesterie, cordons pierreux antiérosifs, zones tampons et pactes d’usufruit permettent de protéger la ressource tout en augmentant la productivité. Les résultats sont probants : dès la première année, les femmes constatent une hausse des volumes de noix collectées et une meilleure qualité, réduisant la pénibilité du travail et sécurisant les revenus.
Au-delà de l’économie, cette démarche participative renforce la cohésion sociale, crée des emplois locaux – notamment pour les jeunes – et préserve la biodiversité. Alors que le beurre de karité réchauffe les corps durant l’hiver sénégalais, il rappelle aussi l’urgence de protéger les arbres qui en sont la source, pour que ce trésor naturel continue de nourrir, soigner et faire vivre des millions de familles en Afrique de l’Ouest.
