Réunis à Dakar pour la 17e Assemblée générale ordinaire du Réseau africain des institutions et fonds de formation professionnelle (RAFPRO), les responsables des fonds de formation, experts et partenaires institutionnels ont placé au cœur de leurs échanges la question de l’intelligence artificielle (IA) et ses impacts sur les compétences, l’employabilité et la compétitivité des entreprises africaines.
Cette rencontre portant sur le thème : « Intelligence artificielle et formation professionnelle : enjeux et défis sur les compétences, l’employabilité et la compétitivité des entreprises » est co-organisée par le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT) et l’Office national de formation professionnelle (ONFP).
Ouvrant les travaux, le directeur général du 3FPT et secrétaire général du RAFPRO, Dr Amadou Babo Ba, a insisté sur la nécessité pour les systèmes de formation professionnelle africains d’anticiper les mutations profondes du marché du travail. Selon lui, l’IA « redessine de manière systématique les métiers et les compétences » et impose aux institutions de formation une adaptation rapide de leurs offres pédagogiques.
« L’IA ne va pas remplacer tous les humains. Elle va éliminer les humains qui n’ont pas de compétences en IA », a-t-il déclaré, estimant que la formation professionnelle fait désormais face à un double défi : l’évolution accélérée des métiers et l’émergence de nouvelles compétences liées au numérique et à l’intelligence artificielle.
Pour le secrétaire général du RAFPRO, cette révolution technologique constitue également « une opportunité historique » pour repenser les modèles pédagogiques, moderniser les dispositifs de financement et développer des solutions plus inclusives en phase avec les besoins du marché du travail africain.
Pour sa part, le président d’honneur du RAFPRO, Pierre-Henri Coffi, a rappelé que les réflexions engagées par le réseau sur l’IA ont déjà permis d’identifier des réponses concrètes en matière de contenus pédagogiques, d’outils didactiques et d’inclusion des personnes vulnérables.
Revenant sur l’atelier régional tenu à Abidjan sur l’intelligence artificielle et la formation professionnelle, il a salué « le niveau élevé de réflexion » atteint par les institutions membres du réseau face à cette problématique qu’il juge liée à la digitalisation, à la transition économique et au défi démographique africain.
M. Coffi a toutefois souligné l’importance de mobiliser des financements innovants afin d’accompagner cette transformation. Il a plaidé pour des mécanismes plus flexibles permettant d’accélérer la mise en œuvre des projets de formation et de soutenir durablement les investissements liés aux nouvelles compétences numériques.
Prenant à son tour la parole, le président du RAFPRO, Dr Philippe K. N’Dri, a rappelé que le réseau, créé en 2006, regroupe aujourd’hui 13 institutions issues de 12 pays africains. Il a salué les avancées enregistrées dans le cadre du Programme régional pour la formation professionnelle dans l’espace UEMOA, dont la première phase s’est achevée en mars 2025 après douze années de conception et de mise en œuvre.
Selon lui, grâce à l’appui de la coopération suisse, 350 formateurs ont déjà été formés par la Haute école fédérale en formation professionnelle de Lausanne, notamment à Grand-Bassam et à Abidjan. Le Sénégal compte à lui seul 60 bénéficiaires, dont 10 formateurs de formateurs et 50 formateurs spécialisés dans des métiers porteurs comme les métiers du froid, les opérations de drones ou encore les fonctions de stadier.
Le président du RAFPRO a toutefois reconnu que les incertitudes entourant la deuxième phase du programme PROFOS constituent « un appel à l’audace ». « L’heure est venue de diversifier nos sources de financement, de revisiter nos taux de cotisation et d’élargir notre offre de services », a-t-il soutenu, en référence au Plan stratégique de développement 2025-2029 du RAFPRO, présenté comme la boussole du réseau pour les prochaines années.
Il a indiqué que le RAFPRO entend jouer un rôle majeur dans l’accompagnement des transformations induites par l’intelligence artificielle. Dans cette perspective, le réseau a adopté à Abidjan une déclaration articulée autour de cinq axes prioritaires : le renforcement de l’employabilité à l’ère de l’IA, l’innovation, l’inclusion numérique, la gouvernance éthique et la coopération régionale.
« Le RAFPRO ne saurait rester spectateur d’une transformation qui concerne au premier chef les compétences et l’emploi », a-t-il affirmé, avant de rappeler que « le renforcement des compétences humaines et la lutte résolue contre le chômage demeurent la priorité absolue du RAFPRO. C’est notre mandat, notre passion et notre raison d’être ».
Signaler que l’ouverture officielle des travaux de cette 17ème Assemblée générale ordinaire du RAFPRO a été présidée par le ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle et technique, Amadou Moustapha Ndieck Sarré.
