« Ce sont les populations qui financent notre santé. » La formule est tranchante. Invité des Mercredis de l’AJSPD, le syndicaliste Mballo Dia Thiam a livré une critique frontale de la réforme hospitalière sénégalaise, qu’il juge profondément déséquilibrée et défavorable à la mission de service public des établissements.
Depuis la réforme de 1998, les établissements publics de santé (EPS) sont soumis à une double tutelle : technique pour le ministère de la Santé, financière pour le ministère des Finances. Dans les faits, explique-t-il, le Trésor est représenté au sein des hôpitaux par un agent comptable, seul habilité à manier les fonds. Le directeur formule les besoins, mais ne détient pas le pouvoir de décaissement.
Des subventions loin des charges réelles
Pour Mballo Dia Thiam, le cœur du problème réside dans l’insuffisance des dotations publiques. L’État accorde une subvention de fonctionnement jugée très en deçà des charges réelles. « On demande aux hôpitaux d’équilibrer leurs comptes alors qu’ils assurent une mission de service public », dénonce-t-il.
Les charges d’exploitation — masse salariale, médicaments, maintenance — ne seraient pas couvertes. Les investissements, eux, restent marginaux malgré l’évolution rapide des technologies médicales.
Conséquence : les hôpitaux dépendent largement des paiements des patients. Exemple avancé : si l’hôpital Aristide Le Dantec reçoit 1,5 milliard FCFA de subvention annuelle mais clôture ses comptes à 6,5 ou 7 milliards, près de 4 milliards proviendraient directement des usagers. « Scanner, laboratoire, hospitalisations : ce sont les ménages qui paient », insiste-t-il, évoquant des “dépenses catastrophiques”.
Dans certains établissements, la masse salariale représenterait 90 à 100 % des ressources, loin du ratio normatif de 35 %.
Des budgets « irréalistes » impose une réévaluation de la réforme
Autre illustration : l’hôpital de Pikine disposerait d’environ 300 millions FCFA par an ; celui de Kolda, 350 millions. « Même en arrondissant à 365 millions, cela fait à peine 1 million par jour. Est-ce qu’un hôpital peut fonctionner avec un million par jour ? » interroge-t-il.
Pour le leader syndical, l’État doit financer à la fois les charges d’exploitation et les investissements : renouvellement d’équipements, création de services, modernisation des infrastructures. Faute de quoi, prévient-il, la réforme actuelle conduirait à une privatisation de fait des soins.
« Un hôpital n’est pas une entreprise privée. Il rend un service public », rappelle Mballo Dia Thiam, appelant à une réévaluation urgente du modèle afin d’éviter que les EPS ne restent durablement « sous perfusion financière », au détriment du droit à la santé.
