Le Sénégal veut désormais faire du pétrole et du gaz des leviers directs de sa souveraineté énergétique et de la baisse du coût de l’électricité. Face aux députés, le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô a fixé une ligne claire : produire davantage d’électricité à partir des ressources nationales afin de réduire les coûts pour les ménages et l’économie.
« Produire chez nous pour payer moins cher chez nous » : cette formule résume l’ambition affichée par le chef du gouvernement. Alors que les gisements de Sangomar et de Grand Tortue/Ahmeyim (GTA) sont entrés en pleine production, l’enjeu est désormais de transformer ces ressources en électricité moins chère, en activités industrielles et en emplois.
Le gouvernement prévoit ainsi de renforcer progressivement la place du gaz dans le mix électrique. Les subventions énergétiques devront être mieux ciblées, tandis que la baisse du coût de production doit permettre de réduire le prix de l’électricité pour les consommateurs qui ne bénéficient pas de ces subventions.
Dakar veut son GNL de GTA
Le dossier du gaz naturel liquéfié (GNL) de GTA constitue, dans cette stratégie, un point de tension majeur. Le Premier ministre a indiqué que l’approvisionnement de la Senelec en GNL devait intervenir à partir de janvier 2027 et appelé à des discussions avec la Mauritanie et BP.
Pour M. Lô, il est « inadmissible » que le GNL issu de GTA quitte la zone pour être vendu sur les marchés internationaux avant d’être revendu au Sénégal au prix du marché. Il estime que les accords existants donnent au Sénégal un droit à du GNL provenant du projet.
L’objectif est donc d’obtenir un approvisionnement direct de la Senelec au prix de sortie du gisement de GTA. Le Premier ministre a même évoqué un schéma dans lequel un navire transporterait le GNL de Saint-Louis vers Dakar.
Une telle solution permettrait, selon lui, de réduire mécaniquement le coût de production de l’électricité. « C’est ça la souveraineté », a-t-il martelé, en appelant au soutien de l’Assemblée nationale dans les discussions à venir.
Yakaar-Teranga, autre pièce maîtresse
Le gouvernement mise également sur Yakaar-Teranga, appelé à devenir un pilier de la souveraineté énergétique et de l’industrialisation. M. Lô a toutefois reconnu des « manquements » dans la gestion sénégalaise de ce dossier, qu’il entend corriger pour préserver les intérêts du pays.
Le Premier ministre a parallèlement appelé à la prudence sur le financement des projets pétro-gaziers. Avec un endettement public très élevé, chaque franc levé par Petrosen accroît la dette, a-t-il rappelé. D’où la nécessité de renforcer progressivement le Fonds intergénérationnel afin que le Sénégal puisse, à terme, financer davantage ses propres projets sans compromettre ses équilibres financiers.
Pour M. Lô, la souveraineté énergétique ne se décrète donc pas : elle se construit progressivement, à mesure que les ressources nationales, les capacités financières et les outils de financement du pays se renforcent.
Tafsir KANE
