Face à la dégradation des terres agricoles et à la nécessité de renforcer la souveraineté alimentaire, la Coopérative des professionnels de l’agriculture durable (CPAD) mise sur les engrais organiques pour restaurer la fertilité des sols au Sénégal. Réunis mardi à Dakar, les acteurs de cette filière ont engagé une concertation de deux jours pour renforcer leur organisation, améliorer la qualité des produits et promouvoir des pratiques agricoles durables, avec l’appui des pouvoirs publics et des partenaires techniques.
« Nous savons que les sols sont très pauvres en matière organique », a déclaré Mamadou Dieng, président de la CPAD, évoquant les effets conjugués de la dégradation des terres et des changements climatiques. Selon lui, « deux à trois millions d’hectares » nécessitent aujourd’hui des interventions pour restaurer leur potentiel productif et permettre aux agriculteurs d’améliorer leurs rendements.

L’atelier, prévu les 13 et 14 octobre, réunit les producteurs d’engrais organiques autour d’un objectif commun : faire de cette filière un levier de transformation durable de l’agriculture sénégalaise. La création de la CPAD répond à cette ambition de fédérer les acteurs pour gagner en efficacité et mieux contribuer au développement agricole.
L’État mise sur la santé des sols
Représentant le directeur de l’Agriculture, Dr Moctar Ndiaye, Ibrahima Khalil Sabaly, responsable du programme national de subvention des engrais organiques, a rappelé la vulnérabilité des terres agricoles. Il a notamment fait état d’environ 1,2 million d’hectares de terres salées et d’importantes superficies dégradées.

« Avoir des sols sains, c’est aussi assurer la sécurité alimentaire », a-t-il souligné, indiquant que l’État accompagne depuis cinq ans les producteurs agroécologiques à travers un dispositif de soutien aux engrais organiques.
L’enjeu est double : restaurer les terres dégradées et promouvoir des systèmes alimentaires « sains et durables ». Pour M. Sabaly, la structuration de la filière doit également favoriser des formulations adaptées aux différents types de sols et de cultures.
ENABEL veut accélérer la production et l’adoption
Partenaire de l’initiative à travers le projet Sécurité alimentaire, financé par l’Union européenne, ENABEL entend contribuer à la disponibilité des engrais organiques, à leur utilisation à grande échelle et à la structuration du secteur.

« Pour arriver à cette souveraineté alimentaire, on a besoin de sols fertiles », a rappelé Bassirou Sarr, chef de projet Sécurité alimentaire et résilience des systèmes alimentaires à ENABEL Sénégal.
Le programme prévoit notamment l’installation de 20 unités semi-industrielles de production dans le bassin arachidier et à Tambacounda, avec la création d’emplois autour de la valorisation des déchets. Il vise également l’adoption des amendements organiques par 40 000 producteurs.
Par ailleurs, ENABEL accompagne les efforts de normalisation et de certification, en collaboration avec l’Association sénégalaise de normalisation et le ministère de l’Agriculture.
Pour ces différents acteurs, l’enjeu est désormais de consolider cette dynamique afin de faire des engrais organiques un outil durable de restauration des sols, de création d’emplois et de renforcement de la souveraineté alimentaire du Sénégal.
