[Dossier 2/3]
L’Afrique subsaharienne apparaît comme l’un des principaux foyers mondiaux de vulnérabilité alimentaire dans le rapport 2025 de la FAO sur « La Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture : lutter contre la dégradation des terres à toutes les échelles d’exploitation ». L’organisation y décrit une région prise dans un cercle vicieux mêlant pauvreté, faibles rendements agricoles, insécurité alimentaire et dégradation des terres.
Selon la FAO, l’Afrique subsaharienne a connu entre 2001 et 2023 une expansion massive des terres cultivées, avec 69 millions d’hectares supplémentaires, mais cette progression s’est accompagnée d’une perte de 72 millions d’hectares de forêts.
L’organisation rappelle que l’agriculture reste responsable de près de 90 % de la déforestation mondiale, notamment à travers l’extension des cultures et des pâturages.
Mais contrairement aux pays industrialisés, les faibles rendements agricoles observés en Afrique subsaharienne ne sont pas principalement dus à la dégradation des terres. La FAO souligne qu’ils résultent surtout d’un accès limité aux engrais, au crédit, à la mécanisation, aux marchés et aux infrastructures agricoles.
« Trouver une solution à ces problèmes aurait un effet plus immédiat sur le rattrapage des déficits de rendement », indique le rapport, tout en mettant en garde contre les risques d’une intensification agricole non durable.
La FAO identifie également des « zones névralgiques » où se cumulent pauvreté extrême, dégradation des terres et malnutrition infantile. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, 47 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance dans des régions touchées par d’importantes pertes de rendement liées à la dégradation des terres.
Le double engrenage de la pauvreté entretenu par les petites exploitations
Le rapport met aussi en avant la fragilité structurelle des petites exploitations agricoles africaines. La région reste dominée par des exploitations de très petite taille, souvent installées sur des sols vulnérables et disposant de peu de ressources.
« En Afrique, la persistance de très petites parcelles jointe à une faible fertilité des sols crée un double engrenage de la pauvreté », avertit la FAO. Les agriculteurs ne parviennent ni à produire suffisamment pour nourrir leurs familles ni à investir dans la restauration des sols, ce qui entretient durablement l’insécurité alimentaire.
Le changement climatique risque d’aggraver davantage cette situation. Selon le rapport, les petites exploitations des régions tropicales seront parmi les plus exposées aux vagues de chaleur, aux sécheresses et aux précipitations extrêmes.
Face à cette menace, la FAO plaide pour des politiques ciblées en faveur des petits producteurs africains, notamment l’accès au financement, à la technologie, aux services de vulgarisation agricole et à des droits fonciers sécurisés.
