Administrateur de société, titulaire d’un master 2 en gestion des projets, Amadou Kébé a décidé de franchir un nouveau cap dans son engagement politique avec la mise sur pied de la Grande Convergence Républicaine (GCR), une formation politique nouvellement portée sur les fonts baptismaux.
Dans cet entretien accordé à afriquenvie, le président de la GCR livre sans détour son analyse de l’actualité politique et économique du Sénégal. Gouvernance, situation économique, pouvoir en place, opposition, perspectives politiques et enjeux de développement : Amadou Kébé passe en revue les principaux sujets qui font débat dans le pays et expose sa vision pour le Sénégal.
Après les profondes évolutions intervenues au sommet de l’État, notamment la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le pouvoir peut-il encore prétendre à une véritable cohérence politique ?
Nous, au niveau de la GCR, nous considérons que la rupture entre le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko fragilise incontestablement la cohérence politique du pouvoir. Mais au-delà des personnes, notre préoccupation première reste la stabilité et l’intérêt du Sénégal.
Un État ne peut pas dépendre des relations entre deux hommes. La République doit être au-dessus des ambitions personnelles et des rivalités politiques. Le pouvoir doit désormais clarifier sa vision, renforcer la cohérence de son action et apporter des réponses concrètes aux préoccupations des Sénégalais.
Notre position au niveau de la GCR est claire : pour le bien être des sénégalais, ce désormais ex duo doit tout simplement quitter toutes les instances du pouvoir en 2029 et laisser la place à de la compétence avérée. Nous sommes pour le Sénégal, pour la République et pour une gouvernance fondée sur l’intérêt national.
Le nouveau gouvernement dispose-t-il réellement de la marge de manœuvre nécessaire pour appliquer son programme, ou reste-t-il prisonnier des contraintes politiques et financières du moment ?
À mon sens, la marge de manœuvre du gouvernement est aujourd’hui très étroite. La situation financière du Sénégal, le poids de la dette et les exigences liées au nouvel accord avec le FMI réduisent considérablement sa capacité à financer librement ses ambitions.
Le gouvernement ne peut donc pas se contenter de présenter des programmes : il doit démontrer sa capacité à gouverner dans la contrainte, à protéger le pouvoir d’achat et à créer des emplois. Pour nous, dans l’opposition, la question essentielle est simple : qui paiera le prix de ces contraintes, l’État ou encore une fois les Sénégalais ?
Le Premier ministre Al Aminou Lo fera face aux députés pour sa DPG dans un contexte de tensions politiques entre les « frères ennemis ». Craignez-vous une motion de censure ?
Oui, le risque d’une motion de censure est réel, compte tenu des tensions qui opposent aujourd’hui l’Exécutif à une majorité parlementaire qui lui est politiquement hostile. La DPG du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, prévue le 8 septembre, sera donc un véritable test politique.
Mais une motion de censure ne doit pas être utilisée comme un simple règlement de comptes entre responsables politiques. Si le gouvernement échoue à convaincre sur sa vision, sa gouvernance et sa capacité à répondre aux urgences des Sénégalais, alors l’Assemblée doit naturellement jouer pleinement son rôle de contrôle, même si ce sera regrettable, mais sera de toutes les façons sur le compte de ce binôme qui avait vendu l’impossible aux sénégalais.
Parlons économie. Le Sénégal vient de conclure un accord de principe avec le FMI portant sur environ 2,2 milliards de dollars, tout en engageant un traitement de sa dette. Cette solution constitue-t-elle un véritable nouveau départ ou simplement un répit financier ?
Pour nous, ce n’est pas encore un nouveau départ, mais plutôt un répit financier qui donne au Sénégal le temps de se réorganiser. Les 2,2 milliards de dollars peuvent soulager temporairement les finances publiques, mais ils ne règlent pas à eux seuls le problème structurel de la dette, qui reste extrêmement élevée.
Nous devons donc éviter de présenter cet accord comme une victoire. Le véritable nouveau départ sera celui qui permettra de réduire durablement la dette, de relancer la production, de créer des emplois et de protéger le pouvoir d’achat des Sénégalais. Sinon, nous ne ferons que repousser la difficulté à demain.
Avec une dette publique très élevée et la nécessité de réduire les dépenses, comment le gouvernement peut-il assainir les finances publiques sans faire payer le prix de l’austérité aux ménages, aux PME et aux couches les plus vulnérables ?
Pour la GCR, l’austérité ne peut pas être la seule réponse. Avec une dette publique très élevée, le Sénégal doit certes restaurer ses équilibres financiers, mais il doit surtout réduire le gaspillage, améliorer l’efficacité de l’État et produire davantage de richesses. Le redressement financier doit être supporté prioritairement par la rationalisation de l’État et non par les ménages, les PME et les plus vulnérables.
Il faut réduire d’abord le train de vie de l’État : dépenses non prioritaires, doublons administratifs, avantages injustifiés et structures publiques peu performantes. Protéger les ménages vulnérables : éviter que l’ajustement se traduise par une hausse excessive du coût de la vie ou une réduction des services essentiels.
Soutenir les PME, notamment par l’accès au financement, la commande publique et des mesures fiscales ciblées. Élargir les recettes plutôt que d’augmenter aveuglément les impôts, en luttant contre la fraude, l’évasion fiscale et l’informel non structuré. Réorienter les dépenses vers la production : agriculture, industrie, énergie, infrastructures, emploi des jeunes et secteurs créateurs de richesse.
Réalisé par Adama KONE
