Le monde n’a jamais compté autant d’étudiants. Selon le premier rapport mondial de l’UNESCO sur les tendances de l’enseignement supérieur, publié le 12 mai 2026, les effectifs ont plus que doublé en vingt ans, passant d’environ 100 millions d’étudiants en 2000 à 269 millions en 2024.
Mais derrière cette progression spectaculaire se cachent de profondes fractures, notamment en Afrique subsaharienne, où l’accès à l’université reste l’un des plus faibles au monde.
Dans cette région, seuls 9 % des jeunes en âge de poursuivre des études supérieures sont inscrits dans un établissement universitaire, contre 80 % en Europe occidentale et en Amérique du Nord. L’écart est tout aussi frappant avec l’Amérique latine et les Caraïbes (59 %) ou encore les États arabes (37 %). Pour l’UNESCO, cette situation illustre la persistance d’inégalités structurelles qui freinent l’accès à un enseignement supérieur de qualité.
Le rapport souligne également que la progression des inscriptions ne s’accompagne pas toujours d’une amélioration des résultats. À l’échelle mondiale, le taux brut de diplomation n’est passé que de 22 % en 2013 à 27 % en 2024, preuve que de nombreux étudiants peinent encore à achever leur parcours universitaire.
L’organisation onusienne alerte aussi sur les difficultés de financement. Les investissements publics dans l’enseignement supérieur représentent en moyenne seulement 0,8 % du PIB mondial. Dans plusieurs pays africains, les restrictions budgétaires accentuent la pression sur les universités déjà confrontées à des infrastructures insuffisantes, à la massification des effectifs et à un manque d’enseignants qualifiés.
Mobilité internationale et féminisation des universités
Le rapport met en évidence une forte progression de la mobilité étudiante internationale. Le nombre d’étudiants poursuivant leurs études à l’étranger est passé de 2,1 millions en 2000 à près de 7,3 millions en 2023. Toutefois, cette mobilité reste très inégalitaire puisque seuls 3 % des étudiants dans le monde en bénéficient.
Sept pays concentrent à eux seuls la moitié des étudiants internationaux : les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, l’Allemagne, le Canada, la Russie et la France. Mais de nouvelles destinations émergent, notamment la Turquie et les Émirats arabes unis, qui gagnent rapidement en attractivité.
Le rapport note également une régionalisation croissante des mobilités. En Amérique latine, la mobilité intrarégionale est passée de 24 % à 43 % entre 2000 et 2022. Dans le monde arabe, les étudiants privilégient de plus en plus les pays du Golfe et la Jordanie, au détriment des destinations occidentales traditionnellement dominantes.
Autre évolution majeure : les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes dans l’enseignement supérieur. À l’échelle mondiale, on compte 114 femmes inscrites pour 100 hommes. L’Afrique subsaharienne demeure cependant la seule région où la parité n’est pas encore atteinte. Malgré les progrès, les femmes restent minoritaires dans les études doctorales et n’occupent qu’environ un quart des postes de direction universitaire.
Équité, intelligence artificielle et défis du financement
L’UNESCO estime que la démocratisation de l’enseignement supérieur reste incomplète. Seul un tiers des pays disposent aujourd’hui de programmes spécifiques pour favoriser l’accès des groupes défavorisés. Certains États, comme l’Afrique du Sud, le Chili ou Maurice, ont toutefois réduit ou supprimé les frais universitaires pour certaines catégories d’étudiants.
La situation des réfugiés demeure également préoccupante. Bien que leur taux d’inscription dans le supérieur soit passé de 1 % en 2019 à 9 % en 2025, de nombreux obstacles persistent, notamment la reconnaissance des diplômes. Pour y répondre, l’UNESCO développe un « Passeport de qualifications » déjà expérimenté dans plusieurs pays africains comme le Kenya, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.
Enfin, le rapport insiste sur les mutations provoquées par les technologies numériques et l’intelligence artificielle. Malgré leur impact croissant sur les méthodes d’enseignement, seule une université sur cinq disposait, en 2025, d’une politique officielle encadrant l’usage de l’IA.
Pour l’UNESCO, l’enjeu des prochaines années sera donc double : élargir l’accès à l’université tout en garantissant la qualité des formations et un financement durable, particulièrement dans les régions les plus fragiles comme l’Afrique subsaharienne.
