La région de Tambacounda fait aujourd’hui face à une déforestation galopante. Jadis considérée comme l’un des principaux poumons verts du Sénégal, cette partie orientale du pays voit ses forêts disparaître progressivement sous l’effet combiné de l’exploitation abusive du bois, de la fabrication du charbon, des feux de brousse, de l’orpaillage, de l’extension anarchique des terres agricoles et du trafic illicite de bois vers les pays voisins.
Des localités comme Nettéboulou, Koussanar, Goudiry ou encore les zones proches du parc du Parc national du Niokolo-Koba subissent une pression écologique inquiétante. Malgré plusieurs campagnes de reboisement et initiatives locales, les dégâts restent considérables.
Des conséquences dramatiques pour les populations
La disparition des forêts entraîne des conséquences multiples et dangereuses. D’abord sur le climat : les températures deviennent de plus en plus élevées dans cette région déjà frappée par des vagues de chaleur extrêmes. Ensuite sur l’agriculture et l’élevage, car la dégradation des sols réduit les rendements agricoles et accentue l’avancée de la désertification.
La déforestation provoque également : la disparition de plusieurs espèces animales et végétales ; l’assèchement progressif des cours d’eau et mares ; l’augmentation des feux de brousse ; la pauvreté des communautés rurales dépendantes des ressources forestières ; l’exode des jeunes vers les grandes villes ou l’émigration clandestine.
À cela s’ajoute l’impact sanitaire : la poussière, la chaleur excessive et les déséquilibres environnementaux fragilisent davantage les populations.
L’État interpellé face à l’urgence
Les autorités sénégalaises ne peuvent plus se contenter de simples campagnes symboliques de reboisement chaque hivernage. L’urgence impose des mesures fortes, durables et courageuses.
L’État doit : renforcer les moyens des services des Eaux et Forêts ; lutter sans faiblesse contre les trafiquants de bois ; interdire l’exploitation anarchique des forêts classées ; investir massivement dans les pépinières communautaires ; promouvoir les foyers améliorés pour réduire l’utilisation du charbon de bois ; accompagner les populations avec des activités alternatives génératrices de revenus ; ou encore surveiller davantage les zones minières et forestières.
Des initiatives de restauration et de reboisement existent déjà dans la région, notamment à Botou, Ouly et Nettéboulou, mais elles demeurent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.
Sauver Tambacounda avant qu’il ne soit trop tard
La protection de l’environnement ne doit plus être un simple discours politique. Sauver les forêts de Tambacounda, c’est protéger les générations futures, préserver la biodiversité sénégalaise et garantir la survie économique de milliers de familles.
Si rien n’est fait rapidement, l’Est du Sénégal risque de devenir dans quelques années une vaste zone dégradée où la chaleur, la pauvreté et la désertification dicteront le quotidien des populations. L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action.
Adama KONE
