Alors que l’Afrique subsaharienne avait retrouvé des couleurs en 2025 grâce à la hausse des cours des matières premières et au reflux de l’inflation, les nouvelles Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, publiées en juin 2026, sonnent comme un avertissement. Le Sénégal figure parmi les pays dont les perspectives ont été fortement revues à la baisse, dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques, les fragilités budgétaires et le ralentissement du commerce mondial.
La Banque mondiale prévoit désormais une croissance de seulement 2,2 % pour le Sénégal en 2026, contre 6,7 % en 2025. Une chute spectaculaire qui place le pays parmi les plus fortes révisions négatives de la région. Dans sa note de synthèse, l’institution de Bretton Woods explique cette dégradation par les conséquences de la révélation d’une dette cachée et du gel subséquent des financements du Fonds monétaire international (FMI), deux facteurs ayant fragilisé la confiance des investisseurs et réduit les marges de manœuvre budgétaires.
Cette contre-performance contraste avec les ambitions de transformation économique affichées ces dernières années. Les projections de la Banque mondiale indiquent toutefois un redressement progressif à moyen terme, avec une croissance attendue de 2,6 % en 2027 puis de 3 % en 2028, des niveaux qui restent cependant inférieurs aux attentes initiales.
Une région confrontée aux effets du conflit au Moyen-Orient

À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, la croissance devrait légèrement ralentir pour s’établir à 4 % en 2026, après 4,1 % en 2025. La Banque mondiale souligne que les conséquences du conflit au Moyen-Orient pèsent lourdement sur les économies africaines, notamment à travers la hausse des prix de l’énergie, des engrais et du transport.
Si les pays exportateurs de pétrole, comme le Nigéria ou l’Angola, bénéficient de la flambée des cours du brut, la majorité des États de la région, importateurs nets d’énergie, voient leurs déficits extérieurs et budgétaires se creuser. La hausse des prix alimentaires risque également d’alimenter une nouvelle poussée inflationniste après plusieurs mois d’accalmie.
Face à ces tensions, plusieurs gouvernements ont été contraints de renforcer les mécanismes de protection sociale ou de retarder certaines réformes des subventions aux carburants. Le Sénégal figure parmi les pays ayant procédé à des ajustements des prix administrés et des transferts sociaux pour atténuer l’impact du choc sur les ménages.
Pauvreté et emploi : les défis demeurent
Malgré une croissance attendue à 4,4 % en moyenne entre 2027 et 2028, la Banque mondiale estime que les performances économiques régionales resteront insuffisantes pour réduire significativement l’extrême pauvreté. La croissance du PIB par habitant devrait plafonner à 1,6 % en 2026, tandis que la création d’emplois continuera d’accuser un retard par rapport à l’augmentation rapide de la population active.
L’institution met également en garde contre les conséquences de la baisse de l’aide publique au développement et la persistance des crises sécuritaires et sanitaires, illustrées récemment par la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo.
Pour l’Afrique subsaharienne comme pour le Sénégal, les réformes structurelles et les opportunités commerciales offertes par la ZLECAf, la Chine ou encore l’AGOA ne suffiront pas à elles seules à compenser les chocs extérieurs. La résilience économique du continent sera plus que jamais mise à l’épreuve au cours des prochains mois.
