Excellence, Monsieur le Président de la République,
Après au moins trois épisodes consécutifs d’inondations, peut-on raisonnablement attendre une nouvelle catastrophe avant de prendre des mesures définitives pour mettre fin au calvaire des populations, des travailleurs et des usagers du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor ?
Portant le nom du fils du Président Léopold Sédar Senghor, tragiquement décédé dans un accident de la circulation à proximité du lieu qui lui est dédié, cet établissement de santé est aujourd’hui confronté à une situation particulièrement préoccupante. Les inondations répétées entraînent d’importantes pertes matérielles, la détérioration des équipements et la destruction d’archives médicales, techniques et comptables, compromettant ainsi le bon fonctionnement des services et la qualité des soins.
Le SUTSAS, par la voix de son Secrétaire général national, n’avait-il pas déjà interpellé les autorités sur la nécessité de délocaliser cette infrastructure à la suite du deuxième épisode d’inondation, dont les conséquences avaient été particulièrement désastreuses ?
La situation géographique du centre, situé à la convergence des eaux de ruissellement et construit dans une cuvette, voire un véritable bas-fond, constitue une vulnérabilité structurelle majeure. Malgré les assurances données par les responsables des services techniques de l’État et des collectivités territoriales, notamment concernant le pompage des eaux et leur évacuation vers la mer, le Centre de santé Philippe Maguilène Senghor continue de subir les conséquences dévastatrices des pluies diluviennes.
Au-delà des dégâts matériels, c’est la sécurité sanitaire des patients, du personnel et de l’ensemble des usagers qui est directement menacée.
En effet, si un établissement de santé fonctionnant dans des conditions normales doit déjà redoubler de vigilance pour prévenir les infections associées aux soins, qu’en est-il d’une structure devenue le réceptacle d’eaux pluviales mêlées à des eaux fortement polluées ? Comment garantir l’hygiène, la stérilité des équipements médicaux et le respect des normes de sécurité dans un environnement régulièrement envahi par les eaux ?
Qu’en est-il du sort des patients hospitalisés, des femmes en couches, des nouveau-nés et des autres malades contraints d’être transférés vers des établissements parfois moins bien équipés ? Comment assurer la conservation des corps à la morgue lorsque les installations électriques sont défaillantes et que le groupe électrogène, endommagé par les inondations, ne permet plus de garantir des conditions de conservation adéquates ?
Ces interrogations soulèvent une question fondamentale : jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour prendre une décision à la hauteur des risques encourus ?
LA DÉLOCALISATION : UNE SOLUTION DURABLE ET IMPÉRATIVE
Face à ce tableau alarmant, la délocalisation du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor apparaît comme une solution durable, à la fois préventive et salvatrice.
Une piste mérite notamment d’être étudiée : la possibilité d’implanter cette infrastructure sur le site de l’ancien hangar des pèlerins de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor de Yoff, sous réserve des études de faisabilité, de disponibilité foncière et de conformité aux exigences techniques et sanitaires.
Compte tenu de la dimension de l’établissement, de son organisation pavillonnaire et de l’importance des services qu’il offre à la population, cette délocalisation pourrait également constituer une occasion historique de repenser son statut et son organisation, en vue d’en faire un hôpital de niveau 2, conformément aux normes en vigueur et aux besoins sanitaires de la population.
À l’image des grandes infrastructures hospitalières modernes, ce projet permettrait d’élargir l’offre de soins, d’améliorer les conditions de travail du personnel, de renforcer la sécurité des patients et de contribuer à une meilleure répartition des infrastructures sanitaires.
UNE DÉCISION URGENTE POUR PRÉVENIR L’IRRÉPARABLE
Excellence, Monsieur le Président de la République,
Dans un contexte marqué par les dérèglements climatiques, l’intensification des phénomènes pluvio-orageux et la récurrence des inondations, il devient indispensable d’anticiper les risques plutôt que de continuer à en subir les conséquences.
La protection des vies humaines, la sécurité des patients, la dignité des travailleurs et la préservation du patrimoine sanitaire national doivent demeurer des priorités absolues.
C’est pourquoi nous lançons un appel solennel aux plus hautes autorités de l’État afin qu’une décision urgente soit prise concernant la fermeture préventive du site actuel, dans le cadre d’un dispositif garantissant la continuité des soins, ainsi que la délocalisation du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor vers un site adapté, sécurisé et durable.
Il ne s’agit plus simplement de réparer les dégâts après chaque hivernage, mais de mettre définitivement fin à un cycle de vulnérabilité et de souffrance.
Excellence, Monsieur le Président de la République, cette modeste contribution se veut une alerte citoyenne et une proposition constructive au service d’un système de santé cohérent, performant, résilient, motivant et mobilisateur, en phase avec les ambitions du référentiel Sénégal Horizon 2050. Car prévenir une catastrophe annoncée, c’est protéger des vies humaines. Agir aujourd’hui, c’est éviter l’irréparable demain.
Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam
* Chevalier de l’Ordre national du Lion
* Manager des services de santé
* Secrétaire général national du SUTSAS
* Secrétaire fédéral national de la FGTS-B
* Président de l’ASAS And Gueusseum
