L’absence du décret d’application de la loi sur la biosécurité adoptée en 2022 continue d’entraver la mise en œuvre effective du dispositif de régulation des organismes génétiquement modifiés (OGM) au Sénégal. C’est l’une des principales préoccupations soulevées lundi à Saly par le professeur Aliou Ndiaye, directeur exécutif de l’Autorité nationale de Biosécurité (ANB), à l’ouverture d’un atelier d’information et de sensibilisation destiné aux professionnels des médias. « La loi existe, mais le décret n’a toujours pas été signé », a regretté le patron de l’ANB, estimant que cette situation prive son institution de moyens essentiels pour exercer pleinement ses missions de contrôle et de régulation.
Selon lui, l’absence de ce texte d’application empêche notamment l’autorisation et l’encadrement des travaux de recherche utilisant les biotechnologies modernes dans les laboratoires nationaux. « Des chercheurs disposent des compétences nécessaires pour mener ces travaux, mais ils ne peuvent pas le faire tant que le cadre réglementaire n’est pas complètement opérationnel », a-t-il expliqué.
Le professeur Ndiaye estime même que le retard dans la signature du décret présente davantage de risques que son adoption. « Si le décret est signé, nous pourrons réguler, contrôler et encadrer les activités liées aux OGM. Tant qu’il ne l’est pas, certaines choses nous échappent », a-t-il averti.
Face à cette situation, l’ANB mène depuis 2024 un plaidoyer auprès des autorités et des acteurs institutionnels. Après des échanges avec la commission Environnement de l’Assemblée nationale, l’institution a élargi cette année ses actions de sensibilisation à l’ensemble des députés afin de mieux faire comprendre les enjeux de la biosécurité.
Au-delà de cette question réglementaire, le directeur exécutif de l’ANB a insisté sur la nécessité de renforcer l’information du public sur les biotechnologies modernes. Il a rappelé que de nombreuses confusions persistent autour des OGM, souvent alimentées par une méconnaissance du sujet.
S’adressant aux journalistes venus de différents médias du pays, il a souligné leur rôle de relais auprès des populations. L’objectif de cette rencontre de deux jours est ainsi de leur fournir des informations scientifiques fiables sur les biotechnologies modernes, leurs applications, leurs avantages potentiels ainsi que les risques éventuels qu’elles peuvent présenter.
Le professeur Ndiaye a notamment rappelé que l’amélioration des plantes et des races animales est une pratique ancienne, les biotechnologies modernes permettant aujourd’hui d’accélérer et de mieux maîtriser ces processus grâce aux avancées de la génétique.
Initié par l’Autorité nationale de Biosécurité, organisme rattaché au ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, l’atelier se poursuit jusqu’à mardi avec plusieurs communications consacrées aux OGM, au cadre juridique de biosécurité et aux mécanismes internationaux de gestion de l’information sur les biotechnologies modernes.
Moussa FALL
