Des poulets bourrés d’antibiotiques pourraient-ils finir dans les assiettes des Sénégalais ? La directrice régionale de l’Élevage de Kaolack, le docteur Khady Ndiaye, a tiré la sonnette d’alarme sur l’usage abusif de médicaments vétérinaires dans la filière avicole. En cause : des éleveurs qui administrent des antibiotiques à leurs volailles sans respecter le délai d’attente avant leur mise à la consommation.
« Beaucoup d’éleveurs, dès qu’ils constatent une maladie, administrent des antibiotiques sans respecter le délai d’attente », a déploré Dr Khady Ndiaye, mardi à Dakar. Ce délai correspond à la période nécessaire pour permettre l’élimination du médicament de l’organisme de l’animal avant sa consommation.
Selon elle, le non-respect de cette période peut entraîner la présence de résidus médicamenteux dans la viande et contribuer à la résistance aux antibiotiques chez l’être humain. « Il est donc impératif que les éleveurs respectent les conseils des techniciens », a-t-elle insisté.
Pour réduire ces risques, la responsable de l’Élevage préconise notamment l’utilisation d’aliments de finition permettant, selon elle, de détoxifier la chair du poulet avant sa commercialisation. Elle rappelle également que l’ensemble de la chaîne, du couvoir à l’élevage, doit faire l’objet d’autorisations et d’un suivi régulier par les services d’inspection.
Cette alerte a été lancée lors d’un panel consacré à la « Responsabilisation des acteurs et régulation : comment instaurer la confiance des consommateurs ? », organisé dans le cadre du Forum communautaire sur la Sécurité sanitaire des aliments (SSA), initié par l’AJSPD en partenariat avec la FAO.
Le service d’hygiène réclame davantage de moyens
Autre acteur de la chaîne de sécurité sanitaire, le service d’hygiène fait face à d’importantes contraintes. L’adjudant-chef Damien Ndione, du service d’hygiène de Thiès, a cité parmi ses missions le contrôle de la qualité de l’eau, les inspections dans les quartiers, l’accompagnement des événements religieux et les interventions aux côtés des sapeurs-pompiers.
Mais « le terrain est vaste, les cités se multiplient, mais les effectifs stagnent », a-t-il relevé. Il plaide pour des recrutements pérennes, des véhicules adaptés et une révision du Code de l’hygiène afin de renforcer des sanctions qu’il juge insuffisantes.
Les « 5M » pour traquer les risques
Modérateur du panel, le professeur Mamadou Diop, président du Codex Alimentarius, a rappelé l’importance de la prévention dans la politique de santé. Il a notamment cité la méthode des « 5M » — main-d’œuvre, matière, milieu, méthode et matériel — pour identifier les erreurs susceptibles de compromettre la sécurité des aliments.
Il a également alerté sur les risques liés aux mauvaises pratiques de cuisson et à certains emballages plastiques susceptibles de libérer des substances toxiques.
De son côté, le représentant du ministère de l’Industrie et du Commerce, Abdoulaye Mamour Bâ, a assuré qu’« aucune marchandise entrant au Sénégal n’échappe au contrôle sanitaire et qualitatif ». Il a expliqué que les services de l’Élevage, de la Protection des végétaux et des Pêches interviennent dans le contrôle aux frontières, tandis que Commerce, Hygiène et Santé assurent des contrôles quotidiens sur le marché national.
Le Sénégal dispose, selon lui, d’un cadre réglementaire solide. L’enjeu reste désormais de regrouper et d’harmoniser les textes dans un Code unique de la sécurité sanitaire des aliments.
