La croissance de l’Afrique subsaharienne se maintient, mais les fragilités s’accumulent. Dans son dernier bulletin semestriel sur l’état de l’économie africaine, le Groupe de la Banque mondiale prévoit une progression du produit intérieur brut de 4,1 % en 2026, soit le même rythme qu’en 2025, tout en alertant sur une multiplication des risques susceptibles de freiner la dynamique régionale.
Après une décennie marquée par des chocs mondiaux successifs, la reprise montre des signes d’essoufflement. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, le poids élevé du service de la dette et le durcissement des conditions financières continuent de peser sur les économies africaines. La hausse attendue des prix des combustibles, des denrées alimentaires et des engrais pourrait accentuer l’inflation et fragiliser davantage les ménages les plus vulnérables.
À court terme, la priorité doit être la protection sociale et la stabilité macroéconomique. « Les gouvernements doivent concentrer leurs ressources limitées sur les foyers les plus vulnérables tout en maîtrisant l’inflation et en assurant une gestion budgétaire prudente », souligne l’économiste en chef pour l’Afrique, Andrew Dabalen.
Des risques croissants appellent une politique industrielle plus stratégique pour créer des emplois
Mais au-delà de l’urgence, le rapport insiste sur la nécessité d’un changement de cap. Avec plus de 620 millions de nouveaux arrivants attendus sur le marché du travail africain d’ici 2050, la région devra miser sur une croissance plus productive et tirée par le secteur privé. La clé réside dans une politique industrielle mieux ciblée, capable de développer des secteurs à forte valeur ajoutée, d’attirer les investissements et de créer des emplois durables.
Le document met en avant l’importance d’infrastructures fiables, d’une main-d’œuvre qualifiée, d’un accès facilité au financement et d’une intégration régionale renforcée, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine. Sans ces leviers, prévient-il, la politique industrielle pourrait produire des enclaves économiques inefficaces plutôt qu’une véritable transformation structurelle.
Pour la Banque mondiale, l’enjeu est de transformer la résilience actuelle en croissance durable et inclusive, afin de faire de l’industrialisation un moteur d’emplois et de souveraineté économique pour l’Afrique subsaharienne.
